AUTOPORTRAIT D’UN 24 SEPTEMBRE

 
Exercice d’écriture (suggéré par Michel Butor).
Il s’agit de dresser son autoportrait d’un jour, dont on indique la date,
en répondant aux questions suivantes :
Qui es-tu ? D’où viens-tu? Où es-tu? Où vas-tu? Que fais-tu?
Lectrice, lecteur, tu peux toujours essayer.
 
Qui es-tu JJ Dorio ?
Je suis les mouvements des vagues du premier jour de l’automne.
Je suis le chansonnier anonyme
qui fait fredains d’un grand-père enfant.
Je suis le livre lyrique de l’ode d’un désespéré.
 
D’où viens-tu JJ Dorio ?
Je viens de la porte du Sud au nord des Pyrénées.
Je viens des berges de la rivière Arize qui creusa le Mas d’Azil.
Je viens de la plaine de boulbène et des collines du terre-fort.
 
Où es-tu JJ Dorio ?
Je suis dans le lit de ma belle morte d’un cancer mal placé.
Je suis dans le lit de celle qui a tissé mes jours heureux.
Je suis dans le lit de l’absente
le sommeil aux yeux noirs s’est posé sur ses yeux.
 
Où vas-tu JJ Dorio ?
Je vais chez les aèdes qui prient les dieux
pour mettre fin à leurs soucis.
Je vais chez les magiciennes comme l’agneau de lait
au sein de la brebis.
Je vais à Poitiers où Guillaume troubadour chante
la dolçor del temps novel.
 
Que fais-tu JJ Dorio ?
Je fais un dernier vers qui sera peut-être le premier
de mon prochain autoportrait.
Je suis l’instant du blues perdu dans le chant
du dernier loriot de Manhattan.
Ce jour-LA où John Coltrane
Et ses couleurs d'éternité
S'entend
 

NI TROP NI PEU

Ni trop ni peu
L'Art l'Énergie
L'Envers l'Endroit
L'amour des mots
La mort n'y mord
Et tout le reste...

Suite aléatoire

Faut pas en dire plus
Cacher les mots sous la cendre
Son crâne rempli de poèmes
(Une image de Maïakovski)

Faut dire adieu à la rime
À la vision crépusculaire
Rencontrée sur le boulevard du Crime

Faut dire Adieu à Nerval
Retrouvé pendu à un réverbère
Rue de la Vieille-Lanterne

Faut en finir avec la desdicha
-le mal/bonheur-
et le desassosego
-l’in/tranquillité-

Ou bien les consommer
à petit feu :
Ni trop Ni peu

LETTRE À MON ABSENTE

Ma chère Jo

Je t’écris sans savoir où tu en es et ce que tu penses.
Je t’ai perdue, souviens-toi, il y a sept ans.
Je t’écris dans notre couche commune que j’ai désertée à de rares exceptions, essentiellement pour aller chez notre fille cadette à Paris puis à New York.
Je t’écris sans trop savoir moi aussi où j’en suis et ce que je pense.
Cependant, tu t’en doutes, je n’ai pas abandonné, j’ai continué mes instants créatifs à sauts et à gambades.
Tu sais pour l’avoir intimement observé combien j’aime laisser toujours une place pour l’inattendu, le coup de raccroc, dixit Tristan Corbière, la chaise en grain de paille de Vincent qui espérait y asseoir la Beauté…
Je t’écris, hasard objectif du calendrier, en cette nuit qui commence l’équinoxe d’automne 2021, ce 22 septembre où, chante Brassens, au diable vous partîtes…

LIGNES DE GRATITUDE

Des lignes de gratitude
J'en ai beaucoup à offrir
Sur cette toile où l'on dessine
.
Pour les vivants et les morts
Pour ma morte en tout premier
Ma compagne ma semblance
Qu'un méchant cancer flécha
.
Pour mes filles et leurs rejetons
Qui joueront après ma disparition
Les prolongations
.
Pour mes lectrices et lecteurs
Aussi rares que précieux
.
Et pour ce bel aujourd'hui
Équinoxe d'automne de l'an 2026
Lignes de gratitude : détail sur toile 22septembre 2026