De vers lyriques Point Je suis dans le pétrin Le pétrin du boulanger Des Effarés D’Arthur Rimbaud Un poème appris Dans mon école villageoise Par cœur comme il se doit Mais au lieu des cinq petits « misère ! » Leurs culs en rond L’instituteur nous avait appris « Leurs dos en rond » Et de même on appelait le Q « Que long » 2 mai 2023
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ALORS QU’EST-CE QUE T’AS ÉCRIT CETTE NUIT ? 13 Sur la voie et avec la voix de Roland Barthes (et de Montaigne)
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LA VOIX ET LA VOIE DE ROLAND BARTHES
-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -J’ai entendu la voix de Barthes qu’un étudiant avait enregistrée lors de ses cours de 1977-78 au Collège de France et dont on m’avait offert vingt ans après leur transcription. Du coup je m’y suis remis. -Tu as tout relu ? -Oh non ! surtout pas. Le maître m’aurait grondé. J’ai picoré des passages selon 26 mots recopiés à la fin dans l’ordre alphabétique de A : Aporie jusqu’à Z : Zen. -Un Barthes et ça repart ! -Oh pas si simple ! Avant oui, de son vivant, en mon jeune âge. Mais de l’eau a coulé sous les ponts de celui qui livrait à ses étudiants ses cours de « Sémiologie Littéraire ». Bref, si à la relecture je conserve beaucoup d’attraits pour le Roland bienveillant, délicat, paraissant parler dans un demi-sommeil, oscillant, en retrait, etc, tout un autre pan de sa personnalité est tombé, le côté gourou, maître malgré lui, néologisant, en quête de modernité et…fascisant. – Fascisant ? -Ah tu as oublié que dans un certain sens, la langue est fasciste. -Et quel est ce sens ? -Relis sa Leçon, son cours inaugural du 7 janvier 1977 au Collège et débrouille-toi avec son assertion. (Entre parenthèse j’ai écouté cette leçon retransmise en direct depuis la pièce que j’occupais alors dans un petit village des Hautes Pyrénées alors qu’il neigeait alentour. C’était magique.) Mais je vais reprendre le côté Barthes toujours opérant presque un demi-siècle après. Ses avancées par touches successives, digressions, références tirées de derrière les fagots, toutes ses postures que je vais rabattre sur une notion qu’il examine longuement en ce cours qui portait le titre de Le Neutre ; cette notion ou catégorie, c’est La Retraite. (chose dont au sens usuel, « prendre sa retraite » il n’a pas profité, la mort accidentelle l’ayant rattrapé). -Mais toi, à cet égard, tu es en pays de connaissance. -Oh que oui ! La présente Réforme des retraites vient de mettre la France à feu et à sang, alors que moi-je, j’en jouis depuis dix-huit ans ! Et, (j’ai failli ajouter) je me porte comme un charme. Je sais qu’il ne faudrait pas le proclamer, puisque la mort peut venir me prendre du jour au lendemain, et tu es hélas la mieux placée, pour savoir le coup dur que j’ai dû encaisser à ta disparition, mais quand je lis la fin de vie des grands génies du temps passé, je mesure l’immense chance que je dois un peu à moi-même, mon mode de vie, beaucoup et pour l’essentiel à la Science médicale. Tiens, Barthes avait eu l’idée de lire à ses jeunes étudiants, un des derniers sonnets de Michel Ange, que je vais à mon tour te révéler : Mon amie est la mélancolie, mon repos mes tourments. La flamme de l’amour est éteinte, l’âme usée. Je babille comme une guêpe dans un pot. Je suis une besace pleine d’os et de tendons et j’ai des pierres dans le ventre. Mes yeux sont troubles et malades, mes dents branlent quand je parle. Mon visage est une image de l’épouvante. Ah ! Michel mon Ange, si tu me voyais cinq siècles après, entendre en stéréophonie les musiciens de ton époque, Palestrina et Gabrieli, et directement dans mes oreilles grâce à une prothèse qui me permet d’utiliser l’application Bluetooth, (en ce moment c’est The peacoks de Bill Evans), si tu savais combien mes verres progressifs me permettent d’y voir clair, (je ne te parle pas de la chirurgie de la cataracte qui consiste à remplacer le cristallin opacifié par une lentille synthétique transparente qui restera en place pour le reste de la vie), et après l’œil, les dents toutes (ou quasiment) en place ou remplacées. Bref, toutes les conditions pour que notre corps puisse jouir des bons côtés de la vieillesse, l’expérience et l’appétit pour chaque jour comme s’il était le dernier, tout le contraire « de ces grimaces difformes et pitoyables ». Montaigne l’a écrit mieux que quiconque : Je n’ai pas d’autre passion que l’amour qui me tienne en haleine. Ce que l’avarice, l’ambition, les querelles, les procès font à l’endroit des autres qui, comme moi, n’ont point besoin de vacation assignée, l’amour le ferait plus commodément : il me rendrait la vigilance, la sobriété, la grâce, le soin de ma personne, rassurerait ma contenance à ce que les grimaces de la vieillesse, ces grimaces difformes et pitoyables, ne vinssent à la corrompre ; me remettrait aux études sains et sages, par où je me pense rendre plus estimé et plus aimé, ôtant à mon esprit le désespoir de soi et de son usage et le raccointant à soi.

ET RETIENS TOUT AFFIRME ET ADDITIONNE
Et des sensibilités.
Et retiens tout, affirme et additionne, sur le chemin on est, on imagine, on, en majesté : tu es, nous sommes, et composant, et défendant, sans rien sur les épaules, sur le chemin un reste de soleil, des épreuves et des sensibilités, tout aurait penché sur le possible, tu y étais, tu tenais du plus loin au plus ensemble,
je cherche et je te tiens, du chemin au soleil pâle, sans y penser, des rivières de sentiments, cœur de diamant, et coupe, coupe, tu y penserais, tu te souviendrais, soutenant, en marche tu reviens, tu serpentes, pâle soleil et œil robuste, durement et encore, se donner, devant, en avant, sait-on, devant,
on ne sait pas, on ne sait rien, que reste-t-il, des aveux et des secrets, la mémoire, tu respires, tu tiens, sur le chemin tu donnerais un coup de pied aux herbes, aux branches à terre, frottement, écorçage, tempérament, défaut et solitude, une histoire pour dire les jeux oubliés, les rires effacés, larmes,
en chemin, porte et emporte, avance et recommence, abandon, le pied dans les aiguilles, sous un pin tu cherches, de branches en branches, écorces à bateau, et vogue, vogue, de la source au plus profond, on avance, tu respires, il y avait des enfants en partance, l’espérance du profond, de la source,
au grand fond, tu penches, tu regardes, les yeux sous les aiguilles, résine, comprenons bien, y sommes-nous, nous fûmes enfants, attirés de la source au plus profond, tu te noierais, tu irais entre les feuilles et les branches, arbres perdus, enfants abandonnés, poissons sous les cailloux, une feuille en surface,
assis au bord, le flot passe, s’il brûle en l’espace et au bord du flot tout passe, on cherche et on cache, tout glisse, je te demande, je te retiens, tu te penches, y sommes-nous, à l’horizon sans oublier, sans oublier, je suis à ta dérive, je te tiens, tu serres, que reste-t-il, des yeux souffrants, et on imagine,
on, en majesté tu es, nous sommes, et composant, et défendant, sans rien sur les épaules, sur le chemin un reste de soleil.
Michel Chalandon
lecture JJ Dorio 29 avril 2023
IL EST TOUT À FAIT POSSIBLE QUE JE CÈDE MA PLACE EN PRISON À POUTINE
CONTRE POUTINE IL FAUT Y ALLER FRANCO
Peur des mots Mots interdits Si tu dis à Moscou Poutine fait la guerre ! Tu te retrouves au trou
Je me souviens de l’Espagne des sixties Où dans les bars à tapas Tu pouvais te marrer
Faire des blagues et le clown À condition que ta langue ne fourche pas
Comme dans la Russie d’aujourd’hui Il était interdit d’y aller « franco »
En Russie je n’entendais que la voix d’Alexeï Navalny 1qui depuis sa geôle était capable de tirer à vue sur le tsar de pacotille détruisant l’Ukraine et (à terme) son pays
Mais aujourd’hui on peut lire cet admirable plaidoyer
De Ilia Iachine dont chaque mot est un clou sur le futur cercueil du tyran mis à nu
1 Ne devenons pas une nation de sans-voix apeurés Qui font semblant de ne pas voir la guerre brutale
Déclenchée par notre petit tsar Complètement fou
L’opposant russe Ilia Iachine, dont la peine de huit ans et demi de colonie pénitentiaire pour avoir critiqué la guerre contre l’Ukraine a été confirmée mercredi, a fait parvenir au « Monde » ce texte qu’il vient de prononcer lors de son procès en appel à Moscou.
Messieurs les juges, cher public,
Le 9 décembre 2022, j’ai été condamné en vertu de la loi sur la censure militaire. Cette loi est juridiquement insignifiante et contredit la Constitution. De facto, elle introduit une interdiction d’exprimer son désaccord avec la position officielle sur la guerre lancée par le président Poutine contre l’Ukraine. Une guerre qu’une résolution de l’ONU reconnaît officiellement comme un acte d’agression criminelle contre un Etat indépendant. La peine qui m’a été infligée frappe l’imagination : huit ans et demi de prison pour un discours de vingt minutes sur Internet.
En prison, j’ai rencontré pas mal de meurtriers, de violeurs et de braqueurs, condamnés à des peines moins lourdes pour leurs crimes. Je tiens à souligner qu’il s’agit de crimes réels, et non de mots. En quoi consiste ma faute ? C’est que, en faisant honnêtement mon devoir d’homme russe et de patriote, j’ai dit la vérité sur cette guerre. Et, en particulier, j’ai parlé des crimes de guerre commis par les troupes de Poutine dans la ville ukrainienne de Boutcha. Cela fait maintenant un an que je suis derrière les barreaux. Plusieurs choses importantes se sont produites pendant cette période. Premièrement, des enquêtes approfondies ont été menées sur ce qui s’est passé à Boutcha pendant l’occupation. Après le retrait des troupes russes, des enquêteurs, des journalistes et des militants des droits de l’homme du monde entier ont travaillé dans la ville. De nombreuses tombes et fosses communes de civils ont été découvertes. Les images satellites, les vidéos de drones, des messages et des caméras de surveillance des rues ont permis de reconstituer les derniers moments de la vie de dizaines de citoyens ordinaires abattus par les soldats. Certaines des personnes tuées avaient les mains attachées dans le dos, ce qui signifie qu’elles ont été exécutées. Des conversations téléphoniques interceptées entre des militaires russes stationnés à Boutcha ont été publiées. Ils disaient à leurs proches qu’ils avaient commis des meurtres et se sont plaints d’avoir peur de devenir fous après leur implication dans le massacre de civils. Les noms et les matricules d’un certain nombre de combattants et de commandants impliqués ont été identifiés. Des journalistes ont contacté certains d’entre eux et ont publié leurs aveux. Les crimes commis à Boutcha sont également confirmés par de nombreux témoignages d’habitants locaux qui ont assisté aux événements. L’ensemble des preuves a été documenté et constitue sans aucun doute la base des accusations qui seront bientôt portées par les instances judiciaires internationales. Bien que les autorités russes continuent d’insister sur le fait que le massacre de Boutcha est un « fake » et que les cadavres étaient en réalité des acteurs maquillés, elles devront répondre de leurs actes. Deuxième événement important qui s’est produit depuis mon emprisonnement : l’émission par la Cour pénale internationale d’un mandat d’arrêt à l’encontre de Vladimir Poutine. C’est une situation étrange, n’est-ce pas ? Poutine est un criminel de guerre, et je suis toujours derrière les barreaux, un homme qui s’oppose à la guerre qu’il a déclenchée. Ne pensez-vous pas, messieurs les juges, que, en l’aidant à me garder en prison, vous devenez ses complices ? Vous me direz sans doute que vous n’y êtes pour rien. Vous n’avez pas pris d’armes, n’est-ce pas ? (…) Mais Poutine non plus n’a pas pris personnellement de mitrailleuse, et pourtant il doit maintenant se cacher de la justice.
Et il est tout à fait possible que je finisse par lui céder ma place en prison.
Je voudrais attirer votre attention sur le fait que Poutine a commis un crime non seulement contre l’Ukraine, mais aussi contre notre pays.
Par sa politique, il a porté atteinte à l’économie et à la sécurité nationales, il a isolé la Russie sur la scène internationale et il a envoyé des dizaines de milliers de nos concitoyens à l’abattoir. Pis encore, il a créé les conditions d’une augmentation radicale de la violence dans notre société. Un flot ininterrompu d’hommes revient du front, ils sont psychiquement traumatisés par la guerre. Ils ont appris à utiliser des armes et à tuer, la mort n’est plus un tabou pour eux. Nous avons vu combien de bandes criminelles organisées sont apparues en Russie après la guerre d’Afghanistan. Le massacre en Ukraine dépassera de loin cette ampleur. Le nombre de crimes commis avec des armes à feu a déjà doublé à Saint-Pétersbourg et triplé à Moscou. Et nous nous attendons à un pic de violence et de déshumanisation de la société encore plus important et monstrueux. Vladimir Poutine en est absolument responsable. Et, pendant que la Russie se noie dans le sang, le tribunal examine aujourd’hui un appel contre ma condamnation. Je suis tout à fait conscient que le seul moyen d’obtenir une réduction de la peine est de me repentir, d’implorer le pardon, de nommer et de dénoncer noir sur blanc certains de mes camarades. Cela n’arrivera pas. Je ne m’humilierai pas et ne ramperai pas devant vous, messieurs les juges. J’ai la conscience tranquille, j’accepte donc mon sort. Ce qui me donne de la force, c’est un sentiment de supériorité morale sur les voleurs et les assassins qui ont pris le pouvoir. Ils savent que je n’ai pas peur d’eux. Je ne les ai pas fuis, je n’ai pas demandé grâce et je n’ai jamais baissé les yeux devant eux. Et, pendant que la Russie se noie dans le sang, le tribunal examine aujourd’hui un appel contre ma condamnation. Je suis tout à fait conscient que le seul moyen d’obtenir une réduction de la peine est de me repentir, d’implorer le pardon, de nommer et de dénoncer noir sur blanc certains de mes camarades. Cela n’arrivera pas. Je ne m’humilierai pas et ne ramperai pas devant vous, messieurs les juges. J’ai la conscience tranquille, j’accepte donc mon sort. Ce qui me donne de la force, c’est un sentiment de supériorité morale sur les voleurs et les assassins qui ont pris le pouvoir. Ils savent que je n’ai pas peur d’eux. Je ne les ai pas fuis, je n’ai pas demandé grâce et je n’ai jamais baissé les yeux devant eux.
Traduit du russe par Nikita Mouravieff. [Le tribunal a confirmé en appel, mercredi 19 avril, la condamnation d’Ilia Iachine à huit ans et demi de prison]
ALBERT MANQUE DE FER
Je dois manquer de fer dit Albert Qui n’arrive plus à monter la côte Qui le mène à son logis Demain : épinards Choux de Bruxelles Et brocolis Lui dit Albertine Qui se porte à côté de lui Comme un charme Ah ! non pas de brocolis dit Albert La dernière fois Ils m’ont donné la jaunisse Oh hisse oh hisse Dit-il pour s’encourager Mais le cœur n’y est plus Et d’ailleurs le lendemain dans son lit Il défaillit