SUR ET AVEC LE TEMPS courriel 41

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

41

A. à A.T.

    Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais, mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus.

    A.T. à A.

    Écrire le monde pour ceux qui y sont poussés par une injonction intérieure fait partie du travail quotidien.

    Avec le temps on ne cherche pas à savoir pourquoi. C’est ainsi. Le stylo marque les traces de l’existence terrestre au rythme des saisons…

    A. un saint auteur de Confessions, architecte de La cité de Dieu

    A.T. polonaise née le 25 août 1957, romancière, poète, auteur d’une biographie de Romain Gary : Le jongleur.

    DISPARITIONS

    « L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
    Georges Perros
    Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

    Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

    DISPARITION IX

    H.M.

    57

     Le jour de sa disparition, le 19 octobre 1984, on pouvait lire sur le journal du soir

    POÉSIE

    Trois recueils de Marguerite Yourcenar Une triple rentrée pour Marguerite Yourcenar. Gallimard publie un de ses recueils de poèmes, les Charités d’Alcippe, dans une édition revue et augmentée.

    LE  » DÉSESPOIR ACTIF  » de Christiane Rochefort

    Une visite chez la romancière qui parle de ses détresses et de ses colères.

    ODETTE LIT ET RELIE

    Lorsqu’un livre me plaît, je trouve que la jaquette de la maison d’édition ne suffit plus. Est-ce parce que j’ai longtemps habillé des femmes ? Je vois exactement la  » robe  » qu’il faut aux livres…  » Odette a déjà habillé le Grand Meaulnes, Rebecca, les Mots, trois Bodard. Du travail de professionnel, affirment les connaisseurs. Du travail d’amoureuse surtout.

    LA NUIT REMUÉE

    Le poète Henri Michaux est mort à l’hôpital de la Cité universitaire à Paris, dans la nuit du 18 au 19 octobre, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ne me laissez pas pour mort, parce que les journaux auront annoncé que je n’y suis plus…Je compte sur toi, lecteur, sur toi qui vas me lire, quelque jour, sur toi lectrice. Ne me laisse pas seul avec les morts comme un soldat sur le front.

    58

    Il hait les écrivains : des ornementateurs vaniteux.

    « Un jour, dit-il, on inventera un appareil. Il n’y aura qu’à se mettre dedans. Il dira ce qui se passe en vous. Il fera reconnaître les vrais originaux, ceux qui ont de l’imagination. »

    Il serait bien écrivain, car il a de continuelles inventions mais il voudrait les voir, non écrites, mais réalisées, et que nos conditions d’existence changent du tout au tout, suivant elles.

    Il se gargarise peu de ses inventions, au rebours de l’écrivain, il veut voir l’impossible miracle, c’est-à-dire leur passage dans la vie. (C’est donc plutôt à la magie qu’il aspire)

    . 59

     Je lis un peu de Michaux avant de me lever matin de mon pucier Repos dans le malheur Je l’assieds sur ma page Et en fait mon bonheur

    Emportez-moi celui-là je l’ai dit bien des fois Et même je l’ai mis en une chanson de vieille et douce caravelle

    L’âge héroïque où Henri Michaux tout en jouant démantibule une à une les parties du corps des deux géants devenus frères ennemis Mais c’est gai comme Rabelais et presque pépère au contraire d’Homère (C’est Poumapi et Barabo au cas où vous auriez oublié le nom de nos deux héros)

    Voilà mon exercice terminé

    Il est temps que je me secoue les puces pour entamer ma nouvelle journée

    Michaux c’est bon un peu pour la plume

    Mais pas trop car alors on risque d’être attrapé par l’Opaque

    60

    Je suis l’oiseau.

    Tu es l’oiseau.

    Je suis la flèche empennée des plumes de l’oiseau.

    Je vole. Tu voles.

    Je vogue. Tu vogues.

    Nous voguons entre les mâchoires du ciel et de la Terre.

    Je romps Je plie Je coule

    Je m’appuie sur les coups que l’on me porte

    Je gratte J’obstrue J’obnubile

    Je fais rétrograder la marche des vivants

    Et toi, qui en misère as abondance

    Et toi, Par ta soif, du moins, tu es soleil, Épervier de ta faiblesse, domine !

    61

     MES ZOISEAUX

    Les pattes des oiseaux écrivant sur le sable

    Le vol des étourneaux qui toujours m’étourdit

    Les mouettes sublimes de Staël avant qu’il ne se lance lui aussi dans le vide

    Les grives qu’à douze ans enfant sauvage je guettais pour les plumer

    L’alouette du troubadour Bernard de Ventadour :

    « la laudeta Mover de joi sas alas Contr’al rai »

    L’hirondelle et son œil que l’on met dans le lit des méchants pour les empêcher de dormir

    Gallica diffuse les chants capturés sur bande magnétique pour Olivier Messiaen le compositeur de La fauvette des jardins

    Abîme des oiseaux Petites esquisses d’oiseaux

    « Les oiseaux sont des cons » (Non ça c’est de Chaval)

     Les pattes de ses oiseaux pratiquaient l’humour noir

    MOTS ET MAUX

    J’ai mal à l’âme

    Lame des mots

    Font de grands maux

    .

    Mots et merveilles

    Je mets en veille

    Les maux de la tribu

    .

    La note bleue

    Le blues du jazz

    Je contribue

    Avec la ja

    Va qui s’en va

    Au Balajo

    Avec des mots

    De Nougaro

    .

    Guérir la vie

    Écrit Artaud

    Sacré Momo

    .

    Nos mots perdus

    Comme le pain

    Fait de restes de mie

    Et d’œufs mollets

    .

    Écrire ainsi

    Et cris et rires

    Les mots nous manquent

    Tremblant avec

    Ces rimes

    Qu’on ne sait

    Sur quel pied  danser

    ÉCRIRE TOUS AZIMUTS courriel 40

    Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

    Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

    40

    JJ D. à G.G.

    Ce qui me plaît le plus c’est d’écrire tous azimuts, mais ce n’est pas un don, c’est une pratique qui requiert, selon l’intuition du jeune Rimbaud, un long, immense et raisonné, dérèglement de tous les sens (la plupart du temps les lecteurs en herbe, ou les vieux birbes,  oublient « raisonné »).

    Écrire tous azimuts ? Donner (par de multiples exercices, mêlant fragments de textes rares et d’écritures sans cesse renouvelées) ce que l’on ne possède pas.

    G.G. à JJ D.

    Valéry dit à peu près que deux dangers menacent le monde : l’ordre et le désordre. Claudel plus optimiste rassure tout le monde en tête du Soulier de satin en affirmant que le pire n’est pas toujours sûr, et que, si l’ordre est le plaisir de la raison, le désordre est le délice de l’imagination

    Je vais mettre encore un peu ce prologue à contribution, à l’usage de qui voudra l’entendre : « C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, c’est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant et c’est ce que vous ne trouverez pas amusant qui est le plus drôle »

    JJ.D. l’auteur de ce blog Poésie mode d’emploi ouvert le 8 janvier 2006

    G.G. après une longue vie consacrée aux Figures de la littérature il devint un savoureux écrivain de dictionnaires Bardadrac

    DISPARITIONS

    « L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
    Georges Perros
    Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

    Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

    DISPARITION IX

    H.M.

    57

     Le jour de sa disparition, le 19 octobre 1984, on pouvait lire sur le journal du soir

    POÉSIE

    Trois recueils de Marguerite Yourcenar Une triple rentrée pour Marguerite Yourcenar. Gallimard publie un de ses recueils de poèmes, les Charités d’Alcippe, dans une édition revue et augmentée.

    LE  » DÉSESPOIR ACTIF  » de Christiane Rochefort

    Une visite chez la romancière qui parle de ses détresses et de ses colères.

    ODETTE LIT ET RELIE

    Lorsqu’un livre me plaît, je trouve que la jaquette de la maison d’édition ne suffit plus. Est-ce parce que j’ai longtemps habillé des femmes ? Je vois exactement la  » robe  » qu’il faut aux livres…  » Odette a déjà habillé le Grand Meaulnes, Rebecca, les Mots, trois Bodard. Du travail de professionnel, affirment les connaisseurs. Du travail d’amoureuse surtout.

    LA NUIT REMUÉE

    Le poète Henri Michaux est mort à l’hôpital de la Cité universitaire à Paris, dans la nuit du 18 au 19 octobre, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ne me laissez pas pour mort, parce que les journaux auront annoncé que je n’y suis plus…Je compte sur toi, lecteur, sur toi qui vas me lire, quelque jour, sur toi lectrice. Ne me laisse pas seul avec les morts comme un soldat sur le front.

    58

    Il hait les écrivains : des ornementateurs vaniteux.

    « Un jour, dit-il, on inventera un appareil. Il n’y aura qu’à se mettre dedans. Il dira ce qui se passe en vous. Il fera reconnaître les vrais originaux, ceux qui ont de l’imagination. »

    Il serait bien écrivain, car il a de continuelles inventions mais il voudrait les voir, non écrites, mais réalisées, et que nos conditions d’existence changent du tout au tout, suivant elles.

    Il se gargarise peu de ses inventions, au rebours de l’écrivain, il veut voir l’impossible miracle, c’est-à-dire leur passage dans la vie. (C’est donc plutôt à la magie qu’il aspire)

    . 59

     Je lis un peu de Michaux avant de me lever matin de mon pucier Repos dans le malheur Je l’assieds sur ma page Et en fait mon bonheur

    Emportez-moi celui-là je l’ai dit bien des fois Et même je l’ai mis en une chanson de vieille et douce caravelle

    L’âge héroïque où Henri Michaux tout en jouant démantibule une à une les parties du corps des deux géants devenus frères ennemis Mais c’est gai comme Rabelais et presque pépère au contraire d’Homère (C’est Poumapi et Barabo au cas où vous auriez oublié le nom de nos deux héros)

    Voilà mon exercice terminé

    Il est temps que je me secoue les puces pour entamer ma nouvelle journée

    Michaux c’est bon un peu pour la plume

    Mais pas trop car alors on risque d’être attrapé par l’Opaque

    60

    Je suis l’oiseau.

    Tu es l’oiseau.

    Je suis la flèche empennée des plumes de l’oiseau.

    Je vole. Tu voles.

    Je vogue. Tu vogues.

    Nous voguons entre les mâchoires du ciel et de la Terre.

    Je romps Je plie Je coule

    Je m’appuie sur les coups que l’on me porte

    Je gratte J’obstrue J’obnubile

    Je fais rétrograder la marche des vivants

    Et toi, qui en misère as abondance

    Et toi, Par ta soif, du moins, tu es soleil,

    Épervier de ta faiblesse domine !