Toute notre vie n'aura été qu'un petit voyage
en rond et en zigzag*
la joie d'écrire
sautille sur le papier
la joie? c'est exagéré
disons la sérénité
serein sereine
dans le cortège des mots
qui passent et apaisent
nos maux
la joie de dire
les naissances des marmots
les premières paroles
de l'enfance de l'art
les boucles d'écriture
les chiffres sur l'ardoise
les rires et les pleurs
la joie de faire
des romans sur la vie
la petite musique
du quotidien des rues
les marrons épluchés
journaux à la criée
et les petits métiers
rémouleur vitrier
la joie ès poésie
Paris est une fête
de Concorde
jusqu'à l'Étoile
du Châtelet à Flore
où le petit homme
au strabisme divergent
rendit célèbre
l'en-soi du garçon de café
la joie sautille
et se fracasse
dans la grand peine
des beaux-arts
bœufs écorchés
et Guernica
œuvres enragés
de la litté
l'espèce humaine
et les chansons
de quatre sous
pour oublier
inutile d'épiloguer
*italiques de Valéry Larbaud
destinées à l'éventail de madame
Marie Laurencin
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CE PEU DE MOTS
Ce peu de mots
Grapilllés dans le champ
D’un poème en attente
.
On songe aux anciens
La fleur de Mallarmé
Absente de tout bouquet
.
La devise de Jean Marot
Le père de Clément :
Ni peu ni trop
.
Ce peu de mots cherchés
Au fond de l’inconnu
Pour trouver du nouveau
L’HOMME
L’homme est un animal sans plumes, peut-on lire, sous forme de boutade, chez Platon.
L’homme est un pont, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre… comme aurait dit Montaigne, mais ce n’est pas lui, qui nous entraîne cette fois, entre les rives du même et de l’autre.
Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde. À mesure que les années passent, il peuple un espace d’images…Peu de temps avant de mourir, il découvre que ce patient labyrinthe de lignes trace l’image de son visage. L’auteur, grand amateur de ficciones, aimait leur mode de fonctionnement labyrinthique.
Je connais à la robe l’homme, un octosyllabe de François de Montcorbier.
De l’homme et de ce bonhomme, à la fois poète et prosateur : Oh dans quelle galère je me foutis , écrit Raymond la Science.
Les formes de ma vie sont entrées les unes dans les autres, constate, vers la fin du voyage, le comte de Châteaubriand.
Un homme, cet homme-la, aquel, celui-là, peut- être moi, sûrement toi, si tu t’es reconnu, ne serait-ce qu’un bref instant , dans ces citations qui te donnent envie de les retisser, de recoudre leurs lambeaux et aussi de dire adieu au genre exclusivement masculin qui a longtemps hanté nos lettres françaises.
Il y a l’homme Charlot, avec sa badine et son chapeau et la petite Paulette Goddard, avec qui, à la fin du film, ils s’barrent.
.

Numéro initié par Michel Perrin
QUI VIVE ?
Qui vive ?
Des amours et des morts
En sourdine
Ou à coups de trompettes
De l’Apocalypse
Qui vive ?
L’autre en soi-même
Cette fable que l’on tisse
Sur de petits cartons intimes
Qui vive ?
Toi
Dont le deuil
M'est impossible
Qui vive ?
Nos ami.e.s
Et leur sollicitude
Lettres échangées
Dernières nouvelles
Qui vive ?
Musique de chambre
Des solitaires
Solidaires
De nos vulnérabilités
Qui vive ?
Morceaux en forme de poèmes
Dans la vague d’Hokusai
Tu entends la vigie :
La nuit sera belle !
AMOURETTES
Tu me fais rire
À en pleurer
Doux peigneur
De comètes
.
Tu me fais rire
En cueillant
Ces fleurs de tombes
Que l’on nomme
(comme c’est curieux) :
Amourettes
.
Pour une amourette
Qui passait par là
Chantait naguère
Lenny Escudero
,
Tu me fais rire
Et divaguer
En écrivant
Ce qui me passe
Dans la tête
Sur un petit
Bout de papier
.