PLUMES QUI MORDENT courriel 38

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

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E.J. à F.N.

Maintenant je travaille à la plume, ça mord. J’ai une très vieille plume, une plume Sergent très vieille, qui crache un petit peu, et le dessin fonctionna comme cela. Je laisse la plume courir, parfois ça prend, parfois ça ne prend pas.

F.N. à E.J.

-Je ne suis pas de ceux qui pensent avec la plume mouillée à la main et moins encore de ceux qui s’abandonnent à leurs passions devant l’encrier ouvert, assis sur leur chaise et fixant le papier.

-Mais pour quoi écris-tu alors ?

-Hélas ! mon cher, soit dit entre nous, je n’ai pas trouvé d’autre moyen de me débarrasser de mes pensées.

E.J. peintre maniant « l’abstraction lyrique d’essence impressionniste » (comprenne qui pourra) elle finit sa vie dans le haut Var à Moissac-Bellevue (la bien nommée)

F.N. sa fin est tristement célèbre, avant de sombrer dans sa « folie intérieure », il se jeta en pleurant au cou d’un cheval dans une rue de Turin

ODE À UNE IDOLE BECQUETÉE PAR LES MERLES DE MAI

Je n’ai jamais écouté, ou alors par inadvertance, David Bowie, mais j’admets qu’il ait eu des fans

Je lis par exemple cet écrivain* qui lui consacre une ode :

Combien de temps, se demande -t-il, la magie d’un artiste de pop peut-elle continuer à irradier ?

Puis le même auteur se fend d’une ode « au don d’organe » :

Cueillez-moi, videz-moi, comme en mai

Les merles fondent sur un cerisier.

Une manière autre de tutoyer, comme son idole défunte, l’immortalité.

* David Van Reybrouck

Odes Actes Sud

2021

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION IX

H.M.

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 Le jour de sa disparition, le 19 octobre 1984, on pouvait lire sur le journal du soir

POÉSIE

Trois recueils de Marguerite Yourcenar Une triple rentrée pour Marguerite Yourcenar. Gallimard publie un de ses recueils de poèmes, les Charités d’Alcippe, dans une édition revue et augmentée.

LE  » DÉSESPOIR ACTIF  » de Christiane Rochefort

Une visite chez la romancière qui parle de ses détresses et de ses colères.

ODETTE LIT ET RELIE

Lorsqu’un livre me plaît, je trouve que la jaquette de la maison d’édition ne suffit plus. Est-ce parce que j’ai longtemps habillé des femmes ? Je vois exactement la  » robe  » qu’il faut aux livres…  » Odette a déjà habillé le Grand Meaulnes, Rebecca, les Mots, trois Bodard. Du travail de professionnel, affirment les connaisseurs. Du travail d’amoureuse surtout.

LA NUIT REMUÉE

Le poète Henri Michaux est mort à l’hôpital de la Cité universitaire à Paris, dans la nuit du 18 au 19 octobre, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ne me laissez pas pour mort, parce que les journaux auront annoncé que je n’y suis plus…Je compte sur toi, lecteur, sur toi qui vas me lire, quelque jour, sur toi lectrice. Ne me laisse pas seul avec les morts comme un soldat sur le front.

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Il hait les écrivains : des ornementateurs vaniteux.

« Un jour, dit-il, on inventera un appareil. Il n’y aura qu’à se mettre dedans. Il dira ce qui se passe en vous. Il fera reconnaître les vrais originaux, ceux qui ont de l’imagination. »

Il serait bien écrivain, car il a de continuelles inventions mais il voudrait les voir, non écrites, mais réalisées, et que nos conditions d’existence changent du tout au tout, suivant elles.

Il se gargarise peu de ses inventions, au rebours de l’écrivain, il veut voir l’impossible miracle, c’est-à-dire leur passage dans la vie. (C’est donc plutôt à la magie qu’il aspire)

RIRE ENFANTIN courriel 37

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

37

C.B. à S.F.

Le rire des enfants est comme un épanouissement de fleurs. C’est la joie de recevoir, la joie de respirer, la joie de s’ouvrir, la joie de contempler, de vivre, de grandir. C’est une joie de plante.

S.F à C.B.

L’euphorie que nous aspirons à atteindre par les voies du rire n’est rien d’autre que l’humeur d’une époque de la vie où nous avions l’habitude de faire face à notre travail psychique au prix d’une dépense somme toute minime, c’est l’humeur de notre enfance, un âge où nous ignorions le comique, étions incapables d’esprit et n’avions pas besoin de l’humour pour nous sentir heureux dans la vie.

C.B. le poète du vert paradis des amours enfantines

S.F. ou le célèbre docteur viennois; extrait de Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient

POUR RÉTABLIR L’ÉQUILIBRE DU MONDE

-Alors,

Quand tu constates

La quasi non-reconnaissance de tes écrits quotidiens

Pourquoi tiens-tu encore la plume?

.

-Eh bien

Grand ou petit lectorat

Ne font finalement rien à l’affaire de la reconnaissance

Médite par exemple ce qu’écrit Hand Jouda,

femme poète ayant vécue à Gaza, réfugiée au Caire :

Les joies d’un pays triste ne ressemblent à aucune autre joie

Elles paraissent futiles et superficielles

Mais nous voulons beaucoup de ces joies futiles et superficielles

Pour rétablir l’équilibre du monde

Dessin de chic Dorio 30/03/2026