J'ai écrit toute la journée
une histoire qui s'est révélée
sans solution
J'ai écrit toute la journée
l'histoire d'un gardien de phrases
fantômes
J'ai écrit toute la journée
l'histoire d'un écrivain raté
J'ai écrit toute la journée
dans un café plein de miroirs
et de bruits d'œufs que les clients
cassent sur le zinc
J'ai écrit toute la journée
dans le chant des percolateurs
et des sirènes de New York
J'ai écrit toute la journée
passant d'un garçon
avec petite queue de cheval
à une serveuse en nœud papillon
J'ai écrit toute la journée
dans l'inconfort et l'intranquillité
J'ai écrit toute la journée
une histoire qui s'est révélée sans solution
mais qui m'a rendu au bout du conte
plus serein et plus léger
Category Archives: Non classé
À LA BASTILLE ET EN FOULE
14 | juillet | 2007 | POÉSIE MODE D’EMPLOI
QUATORZE JUILLET
Pas à pas dans la nuit
Un chat guette son ombre
Mais il se trompe de nuit
C’est une nuit sans ombre
C’est une nuit d’éclairs
De soleils et de bals
De jazz au Chat qui pêche
Et de java aux Halles
C’est une nuit d’juillet
De Jules et de Juliettes
Et de drôles de zèbres
Peints par Vincent en Arles
Ils écrasent les chats
Avec leurs pas de danse
Pas à pas dans la nuit
Ces lignes ont bougé
Mais l’Histoire ne dit pas
Comment les achever
Ce n’est pas le sujet
Dit jeunesse qui roule
Et qui chante Mimi
Où ça ?
À Bastille et en foule !
TU LIS DES POÈMES
tu lis des poèmes
ronds bien faits
sympathiques finalement
mais qui s’effondrent
au second regard
tu lis des poèmes
à mesure que tu les
récris à ta manière
tu lis des poèmes
chiens d’aveugle
tu lis des poèmes
au revoir et merci
tu lis des poèmes
trous noirs galaxies
du sang d’encre
dans du lait de brebis
tu lis des poèmes
qui n’en finissent pas
de commencer
c’est leur marque
de fabrique
tu lis des poèmes
qui t’agassent
qui te gavent
et te cavent les yeux
tu lis des poèmes
tu ne sais plus
si c’est bien toi
qui les écrivit
tu lis des poèmes
inattendus
de ceux qui ont attendu
leur dernier souffle
pour être lus
tu lis des poèmes
en perdant leur fil
ce sont les pièces
que tu préfères
tu lis des poèmes
de boue en boules
journaux de papier
de feu et de sang
tu lis des poèmes
une fois dernière
dans la sciure de bois
d’un cirque enfantin
tu lis des poèmes
d’insectes de gratte-ciels
de craie sur un ciel noir
de bananiers dans la neige*
*une fantaisie du peintre Wang Wei
tu lis des poèmes
tu lies les bottes secrètes
qui brûlent les yeux
des poètes égarés
HOSPITALITÉ
11 mai 2019 midi dans le hamac
*
gris de Provence
vent du sud
sur le vert
des amandes
dans le temps long du poème
il n’y a pas d’angle
on ne sait pas
ce qui va surgir
de cette plume en absence
à tout hasard
ce midi
les trilles d’un oiseau
me disent
Hospitalité
qui ose encore
en faire
une vertu
est le bienvenu
J’ÉCRIS TOUTES LES NUITS
J’écris toutes les nuits
en retard d’une journée
passée à réfléchir
les rayons et les ombres
d’un présent fragmenté
J’écris toutes les nuits
en avance d’un jour
dont nulle heure n’est cochée
sur un calendrier
J’écris toutes les nuits
en retard d’un secret
sur le bout de la langue
d’un stylo qui hésite
entre deux mots
J’écris toutes les nuits
en avance d’un jour
dont je ne sais quelle nouveauté
provoquera remous
J’écris toutes les nuits
en retard d’une ivresse
eau de vie jetée
sur ton portrait de pierre
J’écris toutes les nuits
en avance d’un jour
qui sera le dernier