FOL et FOLLE

Tu es folle comme une image brisée par le cinéma muet s’emparant d’une œuvre littéraire noire

Je suis sage comme le fol du théâtre du Globe  près de Tamise qui tamisait les mots pour dépister le démon et tuer la vermine

Puis dans nos univers parallèles il est une heure exquise où nous échangeons nos folies puisées dans le docteur Mabuse et le roi Lear

Fous de théâtre de cinéma et de la formule des conteurs traditionnels de Majorque : aixo era y non era, il était une fois et il n’était pas…

ÉCRIRE AVEC 7 ÉNERGUMÈNES DE L’ESPÈCE FABULATRICE

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Avec George Perec

« Laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes ». Signé Perec, que l’on prononce Pérec le nom du père, juif polonais, mort en 40, quand Georges dit Jojo, avait quatre ans. Deux ans plus tard sa maman le met dans un train pour lui sauver la peau. Mais la sienne, celle de Cyrla Perec née Szulewicz, finit à Auschwitz la Maudite. « Arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse ». Souriant, volontiers déconneur (un mot d’époque), joueur de Go et d’Oulipo. Mais avant tout, « touchant ». Sa page des sports signée W, masquant l’horreur des camps et de « l’Histoire avec sa grande H » : son expression sublime, fatidique, à lire « littéralement et dans tous les sens ». Je me souviens d’avoir récrit à ma manière, les 480 entrées de Je me souviens, que lui-même avait emprunté à Joe Brainard, artiste new yorkais (I remember). Je me souviens que le jour de sa disparition, le 3 mars 1982, des petites manines flottaient dans mon jardin comme au début d’Amarcord et que mes filles encore enfants sautaient pour essayer de les attraper.

RIEN N’ÉTAIT ÉCRIT

Travail en cours

JJ Dorio

AVEC GUILLAUME APOLLINAIRE

103

Avec Guillaume Apollinaire

À la fin tu es las de ce monde ancien (n’oublie pas la diérèse de ce bel alexandrin « an-ci-in »).
Nous l’avons récité maintes fois et tu sais bien qu’il s’agit de « Zone », le poème liminaire d’Alcools.
Tu vois cette nuit j’ai replongé, corps et biens, dans l’œuvre multiple, spontanée et savante de ce diable de Guillaume le dernier empereur de la poésie française.
(On enterra Apollinaire deux jours après l’Armistice du 11 novembre 1918 ; dans la rue tous ses proches et les anonymes qui accompagnaient Guillaume au père Lachaise entendirent : « À mort Guillaume ! À mort l’Empereur ! », c’est du kaiser qu’il s’agissait).
Apo humain trop humain qui fit moultes jeux d’amour, sous toutes ses formes, sans oublier la mourre, jeu du nombre illusoire des doigts.
Apo ou Gui, comme il signait parfois ses lettres à Lou, fit feu de tout bois, « chef d’un orchestre d’une étendue inouïe ».
Critique et inspirateur de l’art nouveau, des peintres cubistes, du naïf Rousseau et de l’art nègre que l’on dit aujourd’hui « premier ».
J’aime à dire que ce fut le dernier d’une longue lignée à qui l’on peut discerner sans rire le titre de « poète ».


RIEN N'ÉTAIT ÉCRIT
travail au long cours
JJ Dorio

CES JOURS D’AZUR ET LE SOLEIL DE L’ENFANCE

203

Comme au bon vieux temps quand nous parlions littérature
-Et qu'est-ce que tu écris en ce moment?
Un petit roman sur les dernières paroles prononcées ou écrites par la main du défunt


Comme au bon vieux temps quand nous parlions de nos amours
En buvant un bourgogne de derrière les fagots
Sur un cassoulet façon mère Dorio

Comme au bon vieux temps quand nous parlions politique
Du matérialisme des superstructures
Et de la puissance des masses
Qui s'excusaient de ne rien comprendre à nos laïus


Comme au bon vieux temps quand nous chantions
à qui mieux mieux
le déserteur et le gorille ta Cathie t'a quitté
et ce fameux trois mâts fin comme un oiseau


Comme à la fin des temps quand nous ne parlions plus
pour cause de cancer du larynx
Mais que sur notre ardoise d'écolier nous faisions tinter nos craies
pour un dernier message : estos días azules y este sol de la infancia
« ces jours d'azur et ce soleil de l'enfance »


dernier vers qui dit-on fut écrit par Antonio Machado à Collioure

Rien n'était écrit
travail en cours

SELON SELON

Selon Saussure, le linguiste genevois, le premier homme à porter un chapeau disait, le mot n’existant pas, qu’il avait sur la tête un corbeau.

Selon l’ethnologue Michel Prin, le rituel de fin de vie des Caribé se déroule ainsi.L’indien piqué à l’index et saignant abondamment, est plongé dans le Rio Cuchivero. Les piranhas se chargent alors de le transformer en un squelette dansant son ultime gigue.