Je me souviens de mon école
Je me souviens des dictées à coups de règles sur les doigts ou les têtes
Je me souviens des doigts mordus pour ne pas prendre le fou rire
Je me souviens de la règle de trois
Je me souviens du dessous obscur de l’escalier : réserve de bois et cachot pour écoliers récalcitrants
Je me souviens du jeu de barre
Je me souviens des tabliers noirs des garçons et des tabliers fleuris des filles
Je me souviens des planches de bois brut et des trous pour encriers
Je me souviens des plumes sergent major
Je me souviens des pages quadrillées et du cahier Héraklès
Je me souviens de monsieur géraud de monsieur dinat de madame géraud de madame sert
Je me souviens du béret que l’on soulevait à leur passage
Je me souviens des cochonnailles et du vin nouveau que l’on apportait aux régents
Je me souviens de riri et de jojo
Je me souviens de bernadette et de marité
Je me souviens des leçons de choses
Je me souviens du poêle et des bûches qu’on apportait le matin pour le faire rougir
Je me souviens du silence et de l’attention portée aux apprentissages quotidiens
Je me souviens que la promesse d’un parcours hors de sa condition première n’a pas été trahie
Je me souviens de ma maison d'école
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FLAMBÉE BAROQUE
FLAMBÉE BAROQUE
Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant
Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques
Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés
Le monde s’écrabouille, se trucide, se déchire et toi tu continues, ignoré de Balzac et des lecteurs futiles, à produire tes vers de mirliton, faisant tourner à qui mieux mieux ta toton, toupie d’un rituel d’oubli des sinistres réalités. Oui, mais, aussi, cependant, travailler la métaphore vive, ne pas admettre sa perte, persister dans ce chant baroque des piétinements, basse continue et oxymorons, au grand dam des écrabouilleurs en tout genre, des trucideurs, des faiseurs de guerres infâmes,
Coeur d’amour épris, écrit Matisse fatigué, finissant, en découpant ses papiers de couleur, oiseaux du jazz, signes en verve, manière pour quelques secondes précieuses de remédier aux maux du monde.
EN PLEINE NUIT MIDI
EN PLEINE NUIT MIDI
J’écris d’un coup de tête
Sorti du ventre de ma mère
En pleine nuit
Je dis oc
Ma langue d’origine
J’écris dans le sillage de Peire Vidal
Le nom porté par ma branche maternelle
Je forge ce poème maladroit
Mais vivant et têtu
Dans ce verbe trobar
Qui célébrait les Dames
et l’amour de Courtoisie
En pleine nuit midi
Ses douze coups
Qui vibrent dans la tête
D’un troubadour perdu
.
Pas de trône – ce pose-cul des rimeurs d’antan – pas de chaises à porteur
– pour les prélats les soldats et le roi des cons – mais la chaise de Vincent
et la fleur inverse du troubadour Raimbaut pas de bois mort dont on fait les croix et les cercueils et pas de lettres mortes dont on fait les bibles et les abolis bibelots mais la sève des ronciers le bleu des chardons et le rire non-rire de Buster Keaton pas de chant sacré sans la clef donnée à qui veut bien chercher
à la saisir pour en jouer et déjouer le trobar clus des troubadours d’hier et de maintenant maintenant la ferveur subversive du chant
JE M’APERÇOIS QUE J’AI PERDU MA CARTE D’IDENTITÉ
JE M’APERÇOIS QUE J’AI PERDU MA CARTE D’IDENTITÉ
Je m’aperçois que j’ai perdu mes pas dans les Belles Contrées des Lettres imprimées
Je m’aperçois que j’ai perdu ma tête dans le détachement de soi
Je m’aperçois –à bien y réfléchir- que l’envers vaut bien l’endroit que l’absurde peut faire rire –le masque de Carnaval- ou pleurer –le masque du Quotidien-
Je m’aperçois que peut-être je vais rater cette suite d’aperçus
Je m’aperçois que le tango est à Carlos Gardel ce que l’éthique est à Baruch Spinoza –longtemps longtemps après que le chanteur et le philosophe aient disparu ils continuent à s’améliorer à mieux proférer la letra à mieux établir le partage des eaux de tristesse et de joie
Je m’aperçois que je tire à hue et à dia –un des mots fleuris que prononcent les Tarbais et les Tarbaises- moi qui serai plutôt pour
Je m’aperçois que je passe souvent entre Charybde et Scylla entre la fiancée de l’aube et la professeur de Lettres – de quelles foutues lettres peut-il donc être question ?
Je m’aperçois que je n’ai été ni excommunié comme hérétique ni exilé ni le manteau traversé par le couteau fanatique
Je m’aperçois que –tal vez– à mon âge je n’aurai plus rien à prouver et que je m’endormirai dans les bras de la gloire si je m’étais appelé d’un nom qui s’affiche dans les bonnes librairies –qu’affiche-t-on donc dans les mauvaises ?
Je m’aperçois que mon radeau prend délicieusement l’eau
Je m’aperçois enfin –et peut-être un peu tard- que je me désintéresse de mon identité de ma tête et du petit lombric* qui se débat et se tord croyant jusqu’au bout et en conscience éviter le coup de bêche fatal
* la lecture de Norge sur ce sympathique annélide est obligatoire
Et aussi :
… Un monde sans poésie est un monde qui démissionne. Le monde meurt
d’impoésie. Ici s’affirme le refus d’être emporté comme une épave sur les houles
des âges, une fidélité aux bêtes et aux gens, ici un héritage, une fortune qu’il
s’agit d’assumer et d’accroître. Et que l’insupportable « creux-néant-musicien »
soit comblé par notre jouvence exultante.
Géo Norge
L’AUTRE DORIO
L’AUTRE DORIO
Ça vient parfois de l’Autre Dorio
Comme disait Borges
On glosera sur ce dernier des siècles durant
L’autre restera un inconnu de son vivant
Comme ce poète anonyme que consigna Jorge Luis
Et dont toute l’œuvre – prétendait-il – se réduisait à deux vers :
Il avait ouï une nuit
Le chant d’un rossignol
Un rossignol nommé Borges
.
(en vis-à-vis)
DORIO
Chanson enregistrée au studio du Petit Mas à Martigues
le mois d’août 2025
La folle de Chaillot je ne sais plus qui c’est
Chaillot Chaillot Chaillot
Fabliaux sur les parvis poèmes in-folio
Mon dictionnaire de rimes ne connait pas Dorio
Le roi de la Pampa ça je connais bien mieux
Queneau Queneau Queneau
Fabliaux sur les parvis poèmes in-folio
Mon dictionnaire de rimes ne connait pas Dorio
Qu’importe mon nom d’or ou de cuivre
Mon nom est dans la mer une goutte d’eau
Fabliaux sur les parvis poèmes in-folio
Mon dictionnaire de rimes ne connait pas Dorio


DORIO