MEMORIAS DE CARACAS Durant la courte averse de cinq heures du soir on met le journal el Mundo sur sa tête Il est bientôt trempé comme une soupe Sopa de cangrejos Puis c’est le resplandor : ça reluit ça flamboie ça resplendit Trois musicos de fortune attirent la muchedumbre L’un fait des vals sur son harpe criolla, l’autre accompagne du quatro et le troisième, el cantaor, agite ses maracas, cascas ! cascas ! cascas !, Azucar Azucar crie la foule en extase au chanteur des rues, ivrogne invétéré de rhum añejo et d’azur sopa de cangrejos : soupe de crabes, muchedumbre : foule, quatro : petit instrument à quatre cordes, cantaor : chanteur (le d du cantador a disparu), azucar : sucre littéralement, sens seconds nombreux et souvent à caractère sexuel, rhum añejo : rhum d’excellence fruit d’une maturation en fût de chêne.
Category Archives: Poème du jour
SOIXANTE DIX HUIT ANS
SOIXANTE DIX HUIT ANS C’est la nuit que je vis pleinement les moments en suspens de mon âge : oui à soixante-dix-huit ans ce 24 mars 2023, on peut dire que « ça a passé » …mais pas définitivement je crois, en lisant comme tout de suite je viens de le faire Spinoza (ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas ironiser, mais tâcher d’y voir clair), Proust (ces moments si pleinement vécus avec un livre préféré) et Marielle Macé (La littérature – la poésie surtout en ce qui me concerne- serait au moins cela : donner une forme, une saveur et un style à notre existence). En lisant, en écrivant, dans le repos et l’apaisement, dans la fournaise obscure d’une vie qui ne prétend rien de plus, rien de moins, qu’aller son allure poétique, à sauts et à gambades, chien et chêne, aMUSEments… « ça a passé » une chanson au studio du Petit Mas aux Martigues en 2019
ça a passé comme une chanson de « trouvaïre » : le troubadour est celui qui « trouve » qui compose son chant désigné aujourd’hui sous le terme auteur-compositeur interprète
(arrangement et accompagnement de Philippe Bruguière)
J’ENCHAÎNE LES LECTURES
J’ENCHAÎNE LES LECTURES Comme d’autres les perles Comme les tesselles Qui forment mosaïque J’enchaîne les lectures Sur papier ou iPad Poète bon état Craint sa déconfiture J’enchaîne mots de terre Et de fœhn, mistral, bise Avec les cocotiers D’une Malabaraise J’enchaîne c’est balèze Ou bien ça fait bazar Rimes de tamarins Pour combattre son splin J’enchaîne et c’est fini La minutie s’effondre Le livre se déchire L’iPad n’a plus d’batteries
UN LIVRE SAVON
Ce livre entre les mains m’échappe absolument
Me glisse entre les doigts tel le savon de Ponge
Silence sur la page je ne vois plus les mots
C’est de la bouillie pour les chats et les chiots
Une sorte de lave qui ma cervelle ronge
Un coup porté à Teste de monsieur Valéry
Cultivant l’art des restes et des amphigouris
(le reste dans la marge est hélas illisible)
L’AFFREUX PRINTEMPS
L’AFFREUX PRINTEMPS L’hiver se meurt Le bel hiver L’affreux printemps Me fait pleurer Cyprès de Leyland Cupressus leylandii Me donnent les glandes Je lacrymale Et j’allergise J’ai la peau rouge Des Amérindiens Ceux que je vis se peindre Avec les graines du roucou Le printemps vient Mais je l’accueille Du bout des douas Les amours jaunes De ses pollens Autour du cou Fort me rudoient Les Martigues 20/03/2023