À L’ÉCART

et là, sans faire aucun bruit, ni dire un mot, être déjà à l’écart.

le roman de 469 pages se termine ainsi, je les ai toutes lues et parfois relues

il avait commencé par une promenade près du château de Montaigne

dans un sentier qu’il appelait l’allée du bout du monde

et maintenant le voilà voué à sa disparition

à la fin toutes ses pages ont perdu leur sens

seule la main qui écrit cette courte recension est toujours avec moi

Martigues 11 janvier 2024

Le titre du roman est Doctor Pasavento (Docteur Pasavento)

et cependant non sono dottore proteste d’une voix traînante son auteur

CHOSIER IMAGIER SABLIER

UNE SUITE EN -IER

 Rien de plus imparfait que le texte « à venir ». Il naît de mon bric-à-brac personnel, à nul autre pareil :  -ceci dit sans la moindre forfanterie – : livres qui se tournent le dos, émissions de radio qu’il est impossible de réécouter, mémoire trouée et têtue qui se manifeste dans mes Bricollages – que j’écris depuis un texte patchwork de 1970 avec deux ailes.

Comme si chaque nuit, vous réveillant d’un premier somme, vous vous confiiez à la main qui écrit, et qui va, chemin faisant, vous révéler ce à quoi, sans cet outil fragile et précieux, vous n’auriez jamais pensé. Témoin cette suite en « ier » que j’invite tout lecteur véritable à prolonger :

CHOSIER : je rencontre le mot pour la première fois soixante-dix ans après que j’ai appris à lire et ça me fait tout chose.

MERDIER : je me souviens du merdier occidental, une expression issue de la pensée anticoloniale de Mai 68.

PLUMIER : assis sur le banc de nos pupitres, notre première action, avant les livres et cahiers, consistait à sortir notre plumier et d’en retirer le porte-plume, plum plum tralala.

IMAGIER : j’ai acheté le livre de dimension modeste naguère au musée des arts premiers ; l’on y voit des photos de bois sculptés, d’instruments de musique, des masques et des broderies d’indiennes Kuna offertes par l’ethnologue Michel Perrin. Et à côté des images, l’air de rien, on peut lire la citation d’une chamane goajiro, d’un chinois cherchant la voie, de Paz, de Klee et d’anonymes inspirés : tout art est agitation et non description.  

SABLIER : chacun le sien, mais à la fin, c’est un autre que soi qui le retournera.

COMME UN DOUX SOLEIL

Comme un doux soleil Me revoilà au printemps 2011 à Bâle Méditant sur la tombe d’Erasme

dont la Folie médisait par sa bouche

Un peu avant nous avions parcouru le long du Rhin la Solitude-Promenade qui nous avait conduit près des machines dadaïstes de Jean Tinguely issues de matériaux de récupération sur les décharges publiques

dont l’ami Brugeilles tira à sa manière maints Don Quichotte

(qui reposent désormais après d’infinies pérégrinations à l’écurie du musée du Réservoir à Sète)

Comme un soleil doux

Je me souviens assis sur la pierre tombale de l’admirable humaniste réfugié à Bâle pour ne pas être brûlé avoir écrit de courts textes en prose poétique des étrangetés qui ressemblaient à des récits de Schizos imaginés dans Noeuds le livre de Laing l’antipsychiatre :

« le schizo freine la vie ordinaire / de celui qui parle et qu’on n’écoute pas/

et de celle qui désirant qu’il la désire / fait semblant qu’elle le désire/ pour se faire désirer « 

Ce qu’en d’autres circonstances ce diable de Picasso appela

Le désir attrapé par la queue

Martigues 5 janvier 2024 3h du matin puis pour les derniers ajustements 11h33