ALORS QU’EST-CE QUE T’AS ÉCRIT CETTE NUIT ? 16/23 Une nuit de bambochades

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UNE NUIT DE BAMBOCHADES

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Cette nuit je suis resté cloué au lit, mais sans être malade « complètement malade », comme chantait avec force et malice un certain Lama. Au lit, lisant et faisant forces prélèvements de mots, d’expressions et de vers entiers. -Comme ? – Ces deux décasyllabes dont je te défie de trouver l’auteur : Quand d’Amsterdam le coq chantera La poule d’or de Harlem pondera. -En effet je ne vois pas, mais par contre s’il s’agit d’Amsterdam chanté par Brel, je crois qu’il faut ajouter un « a » à Harlem. -Haarlem en effet, bien joué, tu as raison. C’est une ville voisine du port hollandais qui a donné son nom au quartier newyorkais. Haarlem fut le théâtre de peintures dites « bambochades », tableaux de genres des peintres flamands. Ainsi j’ai fait le tour de quelques reproductions, telle la toile de Jean Both, les joueurs de mora (le jeu de la Moure), celle de Karel Dujardin, les charlatans italiens ou celle de Frans Hals, le vieux joueur de  rommelpot (un tambour à frictions que l’on fait vibrer). Et pour le reste j’ai lu et relu le poème source d’Aloysius Bertrand intitulé Harlem. Harlem, cette admirable bambochade qui résume l’école flamande, Harlem peint par Jean-Breughel, Peeter-Neef, David-Téniers et Paul Rembrandt. Et le canal où l’eau bleue tremble, et l’église où le vitrage d’or flamboie, et le stoël où sèche le linge au soleil, et les toits, verts de houblon. Et les cigognes qui battent des ailes autour de l’horloge de la ville, tendant le col du haut des airs et recevant dans leur bec les gouttes de pluie. Et l’insouciant bourguemestre qui caresse de la main son double menton, et l’amoureux fleuriste qui maigrit, l’œil attaché à une tulipe. Et la bohémienne qui se pâme sur sa mandoline, et le vieillard qui joue du Rommelpot, et l’enfant qui enfle une vessie. Et les buveurs qui fument dans l’estaminet borgne, et la servante de l’hôtellerie qui accroche à la fenêtre un faisan mort. -Magnifique, une pièce rare, de cet auteur dont la prose poétique de Gaspard de la nuit,  inspira Baudelaire. Et le distique du coq et de la poule d’or ? -C’est une centurie de Nostradamus.

SAINT-BLAISE N’A PAS DE LIMITES

SAINT-BLAISE N’A PAS DE LIMITES

Maints navigateurs en ont fait l’expérience qui y sont passés, ont disparu, mais nous ont laissé ces traces ténues que nous relevons et prolongeons sur l’épine dorsale d’un temps qui ne veut pas mourir.

Saint-Blaise n’a pas de dieux.

Si ce n’est ces dieux sans statues et sans rites qui logent désormais dans l’âme des mots quotidiens des visiteurs d’un jour.

De Saint-Blaise pourtant sans dieux et sans limites, nous célébrons encore ce presque-rien, le rêve d’une cité-fantasme qui a la forme de l’éternité.

Sur l’Oppidum sans nom Encres Vives  collection Lieu 225° 

SAINT-BLAISE HAT KEINE GRENZEN.

Viele Seefahrer haben dies erfahren, als sie hier vorbeikamen und wieder verschwanden, doch sie haben uns diese zarten Spuren hinterlassen, die wir nun aufdecken und weiterleben lassen, auf dem Rücken einer Zeit, die nicht sterben will.

Saint-Blaise hat keine Götter.

Außer diese Götter – ohne Statuen und ohne Riten – , die nun in der Seele der täglichen Worte der Tagesbesucher wohnen.

In Saint-Blaise, das doch keine Götter und keine Grenzen hat, feiern wir noch immer dieses Beinahe-Nichts, den Traum einer Phantasiestadt, die die Form der Ewigkeit hat.

Traduction de Carmen et de Martin Lauer

 PRÉSENCE DE SAINT-BLAISE

 Saint-Blaise est une chapelle située sur la commune de Saint-Mitre-les-Remparts, à mi-chemin entre Istres et Martigues. Elle se tient à l’extrémité nord d’un plateau rocheux qui, entre les étangs de Citis et de Lavalduc, domine la plaine de La Crau et surveille la région, du golfe de Fos à la chaîne des Alpilles et au Rhône. D’origine récente, ce nom de Saint-Blaise désigne aujourd’hui le site et la longue existence de trois habitats disparus :  un vaste oppidum gaulois paré d’un remarquable rempart grec (VIe-IIe s. av. J.-C), dont on ignore encore le nom antique ; la ville paléochrétienne d’Ugium (Ve-IXe s. ap. J.-C) ; enfin le castrum médiéval de Castelveyre (XIIIe-XIVe s. ap. J.-C). Autant d’agglomérations, tour à tour florissantes, détruites et oubliées, dont les vestiges, révélés par les fouilles, racontent l’histoire de la Provence et de la Méditerranée.

Quarante ans après Philippe Jaccottet et son « Paysages avec figures absentes », Jean-Jacques Dorio explore à nouveau l’oppidum sans nom. Mettant ses sens en éveil, il livre ici un beau texte qui, par fragments, accueille et essaie d’ordonner tous les signes qu’un tel lieu nous lance ou nous instille, longtemps parfois après l’avoir quitté

Jean CHAUSSERIE-LAPRÉE   Archéologue de Saint-Blaise

une pierre travaillée détail du rempart dit de « grand apparat » -150 environ

CECI ÉTAIT ET N’ÉTAIT PAS

CECI ÉTAIT ET N’ÉTAIT PAS aixo era y non era disent les conteurs majorquins Ceci était et n’était pas sous les pavés la page et face à Léonard peignant une dame assise en entier –jusqu’à ses pieds  posés sur un sol en damier de bibliothèque de Veira da Silva- la dame tient un tableautin bidimensionnel la représentant –la Joconde- Ceci était et n’était pas –aixo era y non era– des fictions –ficciones– mangées par les taches de café là où la part personnelle de mon histoire s’arrête le reste étant en la mémoire de mes lecteurs ou peut-être en leur espérance –esperanza esperanza bailando el chachacha– ou leur peur –temor-Ceci était et n’était pas : un petit disque plat et froid qui se met soudain à chanter la missa solemnis Ceci était et n’était pas Dieu opus 123 Domine Deus Rex Coelestis Aixo era y non era : collant leurs petits museaux roses aux grilles des mensonges littéraires chantant des choses comiques entre l’anacoluthe et le lapsus Ceci était et n’était pas : un conte de Mayorca une grue japonaise tissant avec ses plumes en sang les trous noirs l’antimatière les hallucinations du village global Ceci était une Joconde souriante Et ceci n’était pas la Joconde ouvrant ses lèvres en disant Comi di Comédie La comédie d’un jour La comédie d’la vie Paolo Conte

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J’OUVRE UN LIVRE

J’OUVRE UN LIVRE pour y piquer quelques lignes pour m’y perdre pour y laisser intactes ses alouettes vers l’infini et Orphée au paradis J’ouvre un livre un serpent y dormait un sonnet y tournait remuant ciel et terre de la pampa argentine J’ouvre un livre à vrai dire c’est ma vie unique à vrai dire c’est la prochaine citation le rendez-vous elliptique : c’en est fini de venir au secours des images d’hier J’ouvre un livre douleurs de l’amour doux heurts petits secrets d’abord crus puis étouffés J’ouvre un livre blanc c’est mon autoportrait ce jeudi onze mai de l’an deux mille vingt-trois J’ouvre un livre où méditent les approches approximatives d’un enfant d’un homme d’une femme d’un kiosque où les miroirs du numérique ont remplacé le papier journal J’ouvre un livre embrouillé de pages de lignes et de propos : il y a énormément d’étoiles peut-être trop J’ouvre un livre écumeux salé vagabond bruissant tournoyant navigable indigné inconstant soucieux pacifique dérobé J’ouvre un livre apparemment réel apparemment rêvé celui de ma vie unique longtemps confondue avec celle des autres Un livre de sable de calcaire et de battements d’Elle mon Alice qui dort depuis mille ans entre ses pages vierges

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