COMMENT EN SORTIR ?

Comment en sortir Sortir par le haut de ces pages qui s’accumulent en amorces, esquisses,  fragments discontinus ?

Pas par Je ni par Moi

Mais par qui alors ?

Et par quoi ?

Les mots ou les choses le langage-tangage les maux d’une époque révolue ?

Peu importe après tout il s’agit de ne pas abdiquer de refuser de célébrer le négatif l’art du glauque et de l’abjection

Tiens nous voilà avec ce dernier mot et par sauts et gambades amenés à citer la fin des Essais de Montaigne

L’ami Michel finit par 5 lignes qu’il a recopiées d’un poète latin :

Accorde-moi de jouir de mes biens

En bonne santé avec toute ma tête

De passer ma vieillesse sans tomber dans l’abjection

Et que je sois capable encore

De chanter en m’accompagnant à la guitare ou au piano

(le texte original évoquait vous vous en doutez la lyre ou la cithare)

CONSIDÉRATIONS INACTUELLES

Il pleut J’écoute Chopin C’est dimanche

Il se peut que quelqu’un jadis ait écrit cette ligne

Et d’ailleurs c’est sûr puisque je la lis

Il ne pleut pas J’écoute mes acouphènes C’est la nuit de lundi à mardi

Le même qui la première ligne écrivit  me racontait (puisque je l’ai bien connu) qu’il avait sué du sang (sic) pour apprendre à lire

Et pour cause il venait d’une ferme où l’on ne parlait qu’occitan

C’est bête à dire mais l’école de la République lui interdit de parler et d’écrire sa langue première puisque c’était  » pas toi »

Mais j’oublie  ces considérations inactuelles et j’essaie de jouir de la vie de chaque jour dans la fête comme dans la défaite

À cor et à cri

Il pleut des cordes d’eau

Donnons-nous la main

(pour lire cet haïku)

A NOIR

Écrire ainsi c’est complètement inactuel Mais ça m’amuse C’est un tour de passe-passe A noir écrit à blanc Sous la dictée du dedans Si je m’appelais Victor Hugo J’aimerais de cette lettre blanche le bruit charmant Un bruit d’esprit qui s’évapore Comme un poème finit Quand vient l’aurore

UN SONNET SANS HISTOIRE

Un chic alexandrin avec ses douze timbres

La nuit consolatrice allume ses paroles

Appliquées, turbulentes,  inconnues du grand nombre.

Très simple de chanter l’absence de tout rôle

D’un poète qui n’aime pas fair des histoires

Oui il sait qu’au lointain de cette nuit, le monde

Souffle et soufre, fait la guerre, se déchire,

Mais veiller à ne pas attiser ces délires

Est sa façon de switcher l’infernale ronde.

L’espace d’un poème il est sable et enfant

Il est la lune pâle et le soleil brûlant

Le pacte de vieillesse avec la solitude

Le refus des rimes idiotes qui gigotent

Leur béatitude. Rideau. Fin du sonnet.

POÈMES NON LUS POÈTES DISPARUS

Jamais on n’a autant écrit de poèmes et jamais on n’en a aussi peu lus

J’ai lu ça il y a des plombes

J’ai lu aussi que les neuf dixièmes des livres sont inutiles mais on ne peut discerner lesquels qu’après coup

Longtemps Longtemps Longtemps après que les poètes ont disparu

LES POÈTES QUE NUL NE CONNAÎT

Les poètes qui refusent de se vendre au marché de la poésie

Que l’on publia naguère dans quelques revues discrètement disparues

Les poètes dont on taira le nom ici

Hommes erratiques femmes farouches

Libres senteurs mantes irreligieuses

Ces poètes cette nuit envahissent mon espace vierge

Comme la page que l’on combat à corps perdu

Ils passent par milliers elles m’écrivent d’outre-tombe

Je leur fais part en retour de mes rêveries pacifiques devant l’océan du même nom

Depuis Valparaiso Val Paradis

Présent presente y para siempre *(pour l’éternité)

*qui trouvera l’allusion faite à l’enterrement d’un poète (de chair et d’os) gagnera mon premier recueil de poèmes publié en 1975 par P.J.Oswald (hors commerce désormais)