J’ÉCRIS MES DERNIERS POÈMES

J’écris mes derniers poèmes

C’est une décision bête

Ou sage je ne sais pas

Je jette mes derniers grains

De sable sur le papier

Où j’ai tant et tant écrit

Par centaines par milliers

Mes petits propos poèmes

Maille à maille en vers libres

Ou mesurés (ces derniers

Se jouent en heptasyllabes)

J’écrirai désormais

De la prose sans manière

Sur la grève crépusculaire

Sans Regrets sans repentirs

J’écrirai mes feux follets

Rieurs taquins facétieux

Petites flammes de rien

Veilleuses d’éternité

Martigues 29 octobre 2024

LE RECOURS AU DICTIONNAIRE

Jamais je n’écris un texte sans avoir recours au moins une fois au dictionnaire. Cette nuit par exemple il s’agissait de m’assurer de l’adjectif insigne. Mes livres Poèmes à ma morte et Un dictionnaire à part moi, suivent la forme abécédaire. Je feuillete essentiellement Le Petit Robert, je me perds dans  ses étymologies, je lis l’alphabet phonétique pour vérifier la prononciation standard. Je m’égare dans le personnage perecquien de Cinoc, le tueur de mots qui partent à la casse, je pastiche le chanteur Sansévérino, qui répète la cigarette la cigarette la cigarette et moi le dictionnaire le dictionnaire le dictionnaire Ma diction erre de cadavres exquis en enchanteur pourrissant, dans l’impitoyable partage entre les mots et les choses, bric à brac et frictions entre réel et fiction.

TOUT PEUT TOUJOURS RECOMMENCER

Tout peut toujours recommencer par l’écriture ce miracle faisant chanter le papier

Tout peut recommencer à La Bastide de Besplas ce petit village où je naquis dans les années maquis

Tout peut recommencer ce jour où je te prends en stop et que je t’amène à Barcelone en haut d’une tour en construction de la Sagrada

Tout peut reprendre le rythme de la contrebasse de Mingus une nuit étoilée sur les hauteurs de Chateauvallon

Tout peut reprendre la forme élancée des Tours Jumelles inaugurées le jour de tes 20 ans le 4 avril 1973

Tout peut encore s’inventer une fiction à la jonction du rêve et du réel cette nuit particulière où  à 3 heures du matin on remet les pendules à l’heure de 2 heures

Une heure passée à écrire sur le papier qui quoi qu’on en pense n’a jamais existé

Martigues dimanche 27 octobre 2024

LE CORPS D’UN POÈME


C’est de l’or et du purin
Le sable fin des pavés
La Commune utopique
Le sang versé par les Versaillais

C’est ma communale
Mon école accordéon
Des apprentissages rêvés
Et d’une vita nova

C’est ce qu’il nous faut creuser
Malgré tous nos déboires
Cherchant à y voir clair
Face à ce qui se dérobe*

Maintenir nos petits dispositifs
Qui font de l’écriture d’un poème
Mille ajustements créatifs
Où le corps en action
Élève notre esprit

*Henri Michaux