ATARDECER

Ne manquez pas votre unique soirée de printemps

Ne perdez pas votre chance unique dans toute l’éternité

Vladimir Jankélévitch


Sur la terrasse au petit air du soir

J’écris  sur une feuille qui traînait
Posée sur la table d’eucalyptus
Avec deux petites fourmis amusées

Les hautes herbes remuent
Avec les feuilles de vigne
Le lilas violet renouvelé
Et les roses sévillanes

En haut c’est le ballet des gabians
Et le premier martinet
Que je n’aurais pas aperçu
Si je ne m’étais pas mis en position
Du regard du sourd aux sens multipliés

C’est le soir qui s’attarde
el atardecer
Je ne sais dire mieux

À QUOI SERT LA POÉSIE ?

- À quoi sert la poésie ?
- À vivre mieux premièrement
À desserrer l’étau du quotidien
À écrire dans un style contraint
Entre le son et le sens
À épuiser les manières de dire
ce que n’est pas la poésie
- Mais  encore me demande-t-on
Je donne alors une raison plus personnelle
-Je crois que si je n’avais pas écrit des poèmes
comme d’autres font de la danse, de la musique (avant toute chose)
ou du théâtre, je serais devenu fou.

(Une folie douce sans doute peut-on penser mais le reste du dialogue s'est évaporé)




J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE à dada sur mon papier

J’écris à propos de tout et de rien

J’écris du vent dans les branches de sassafras 1

J’écris ça à ma petite lingère

J’écris pour le luth et pour les cœurs simples

J’écris pour ma grand-mère la dictée éternelle de son certificat d’études

J’écris des petites choses qui font plaisir qui flattent ou qui embêtent 2

J’écris des œuvres anthumes pour la postérité

J’écris en feuilletant les écrits des autres

Ces pages d’un temps autre

Ce temps vécu en la contrée étrange

D'une poésie où j'ai souvent
L'illusion d'être ange




1 René de Obaldia (22 octobre 1918-27 janvier 2022) 2 Émile Berr (6 juin 1855- 9 octobre 1923)

14 JUILLET 2024

En Mai 68 on a pris la parole comme on a pris la Bastille 

Tiens je me réveille d’un premier somme
J’appuie sur mon écran qui indique
01:01 14 juillet
Avec tous les événements de ces dernières semaines

La frayeur que l’on a eu de pouvoir basculer
Dans une France
National Populiste
J’avais complètement oublié
Qu’il pût y avoir un quatorze juillet

Bon ce qui est sûr c’est que je n’irai
pas voir le défilé
Ni que je chanterai à tue-tête
Allons zenfants de l'apathie

Et pour les autres options :

Rester dans son lit douillet
Relire le Je ne sais quoi
et le presque rien
Jouer Ravel ou Chopin
Reprendre un peu la Bastille

J’ai encore un peu de temps
pour décider de ce que je vais faire
De mon quatorze juillet

FAUT OUBLIER

Tout retenir
Ne rien oublier
Malédiction !
Si à vos récits
de vie
Vous ajoutez
vos rêves
C’est le pompon !

Ainsi je fais des listes
À ranger dans la colonne
Faut oublier

J’y passe des nuits blanches
Face à un ciel d’encre
Sur lequel je dessine
Tout ce qui doit
disparaître de ma mémoire

Témoins par exemple
mes poèmes préférés :
Le dormeur du val
Green
Le cimetière marin
et La môme Néant
Vlan !

UN MOT APRÈS L’AUTRE


Souvent nos yeux courent
Vers le bas des pages

Jean Louis Rambour


Un mot après l’autre
Mes yeux courent la campagne
Ma main accompagne
Jusqu’au bas de la page
Ce texte écrit à la diable


Un mot avant l’autre
Un mot immatériel
Que l’on garde pour soi
Dans le secret des marges

Après le dernier mot
Posté sur le blog
On médite on se dit
Non ce n’est pas possible


Et l’on parle au papier
En déguisant son trouble
En faisant de cet apparaître verbal
Ce commencement qui n’en finit pas