Comme un tableau noir de l’école communale
Le grand art enfantin à coup de craies plus blanches
Qu’un fond de Constellations de Joan Miró
Des étoiles de roses d’un sonnet de Ronsard
Étouffées par la mort qui nous a laissé choir
Un souffle un presque rien le cycle recommence
Comme ce tableau noir suscitant l’enjouement
Étude des trilles des vols d’engoulevent
Bestiaire des faucons hagards et crécerelles
Comme des lignes de naissances successives
Les sillons nouveaux les mottes luisantes les vers
Attirant les merles et les bergeronnettes
Les travaux et les jours la palette des nuits
Le temps qui est à la neige efface ce poème
Qui sautait à la corde d’un temps qui s’est perdu
AFFAIRES COURANTES
Dans la journée j’expédie les affaires courantes afin de me consacrer, le temps ainsi dégagé, aux poèmes et chansons qui, peu ou prou, nous ressemblent.
Doux rêveur je l’admets cherchant toutes les nuits sa clef perdue sous le réverbère de Dame Poésie.
Autant dire faiseur comme Frère Jacques, d’Encres Vives et de feuilles mortes, transformées grâce à la musique de Kozma en Autun Leaves, standard du jazz, comme on dit.
Version française, l’originale, et américaine , à écouter et à réécouter en expédiant ses affaires courantes.
Conseil d’ami.
DE SACRÉS MALENTENDUS
Il pleut toujours où c’est mouillé
J’écris ce texte au doigt mouillé
Depuis Pont de Suert
Pyreneos catalanas
Ce lieu est un choix délibéré
Donnant accès à une vallée
Où poussèrent comme des champignons
Des églises de type lombard
Aux XIe et XIIe siècles
Je m’aperçois que ce message verbal
N’est en rien une œuvre d’art
À moins que tout ce bon désordre
Ne soit qu’une invention délibérée
La diction d’un poète prosateur privé de prostate depuis belle lurette et par conséquent se livrant comme au bon vieux temps à une écriture protestataire parodique (plus ou moins)
Mais Non Comme disait naguère un des pères du Structuralisme (mot entre parenthèses qui ne fait plus partie du vocabulaire de l’université et encore moins de celui des animateurs médiatiques fussent-ils opérant dans l’émission matinale de France Culture)
Mais Non : ce ne sont pas les ressemblances mais les différences qui se ressemblent
Outre ces constructions à la lombarde ces églises médiévales étaient ornées de peintures qui frappent encore mon sens du sacré que je croyais avoir définitivement perdu
Mais chut je crains que cette dernière incise ne fasse pas sérieux en ce jour de pénultième étape du tour de France et du grand remplacement sur les routes et carreteras des juilletistes tristes par des aoûtiens bons chrétiens
Et donc selon la formule préférée des théoriciens du Malentendu : mettons que je n’ai rien dit !
LE TEXTE EFFACÉ
Par mégarde j’ai effacé le texte que je t’adressais
Ne restent que quelques mots :
le fil de soi, doucement les grêles, remailler l’humanité.
Le reste à l’instant s’est perdu
Qu’importe
Tout passe
Les textes aussi disparaissent
comme nuages sous le vent
J’attends le prochain
Danielle Nabonne
CAUCHEMARS PRÉFÉRÉS
Chercher dans sa bibliothèque un livre en vain
Trouver un livre qu’on ne cherchait pas
Confondre son nom de plume avec son nom de famille
Rêver appuyé sur son oreiller en plume d’oie d’un trajet que l’on fit entre Banon et Vachères
En faire l’incipit de Regain
Entendre une voix d’outre tombe qui proclame : un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque en flamme
Se réveiller en larmes en écrivant : devant les horreurs du monde ne jamais rendre les armes