
Ceci est un témoignage Une craquelure sur papier Des variations sur mon humain voyage
Dorio 22/05/2023
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

Ceci est un témoignage Une craquelure sur papier Des variations sur mon humain voyage
Dorio 22/05/2023
5 Au cœur de la nuit Fantôme dans mon linceul Seul seul seul seul seul

6 Au creux d’un platane L’enfant lit Le petit prince Le baron perché
CENT POÈMES SUCCINCTS
Poèmes succincts Mes pensées sont soulevées Par un 5/7/5
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UN TEXTE QUE PERSONNE N’A JAMAIS LU
Voilà un texte que personne n’a jamais lu. Même pas son scripteur qui va au fur et à mesure l’inventer. Mais comme il ne croit pas en l’inspiration, il s’est donné quelques consignes, non d’écriture, mais de parlerie. Il s’est mis à parler et à déparler, de choses et d’autres, en proférant, articulant, criant, débitant, émettant, énonçant, exprimant, poussant, prononçant : toute émission étant préférable au silence. En même temps, il est en quête de clichés, expressions toutes faites, à qui il s’efforce de tordre le cou. Ainsi ce n’est pas le joug de la tyrannie, qu’il secoue, mais la joue d’Annie, son modèle, qu’il entoure de roses. Quand son exercice un tantinet oraculaire s’achève, il lui devient possible d’écrire enfin sur des feuilles blanches qu’il couvre de lignes d’un noir absolu. Ce texte maintenant peut-être relu sur un arbre perché ou appuyé à son tronc, en dégustant une pomme rouge ou verte, de celles que l’on peut voir en peinture dans l’atelier de Cézanne ou d’Hokusai.
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NAISSANCES DE TEXTES Ces commencements qui n’en finissent pas

Guerre en Ukraine : « Le Vatican peine à nommer les choses avec justesse »
TRIBUNE Le Monde 20 mai ,2023
Le pape François commet une erreur d’analyse en mettant au même niveau, au nom du pacifisme, la Russie de Poutine et l’Ukraine, explique la théologienne Anne-Marie Pelletier, dans une tribune au « Monde ». Elle suggère ainsi au pontife de lire « Vie et destin », de l’écrivain russe Vassili Grossman.
Lors du voyage du pape François en Hongrie, du 28 au 30 avril, il y avait incontestablement de l’audace à rappeler au premier ministre, Viktor Orban, les yeux dans les yeux, que sa politique d’immigration ne pouvait pas s’accorder avec sa prétendue défense des valeurs chrétiennes. Mais il semble bien malheureusement que la contrepartie de cette franchise ait été l’affirmation, soulignée, d’une convergence de vue sur l’Ukraine avec le pouvoir hongrois.
Le propos du pape sur cette question a été d’une étonnante brutalité. Parlant non seulement de « guerre insensée » [en décembre 2022],François a, cette fois-ci, fustigé, en Hongrie, « l’infantilisme belliqueux » del’Occident,avant de plaider la cause de la paix par la renonciation aux armes et par la négociation. Dans l’absolu, qui ne rêverait de la paix ? Le mot cependant est à prendre ici avec des pincettes, car la propagande du pouvoir poutinien, la première, ne répugne pas à parler ce langage. Et la médiation proposée récemment par le numéro un chinois, Xi Jinping, n’est pas de nature à inspirer confiance. C’est pour une paix qui inclut la justice que le peuple ukrainien se sacrifie depuis quinze mois. Une nuance capitale, qui explique que l’entrevue du président Volodymyr Zelensky et du pape, le 13 mai, à Rome, ne pouvait être qu’une rencontre impossible.
Depuis le début de la tragédie ukrainienne, le Vatican peine à nommer les choses avec justesse et à tenir une position claire, sans évoquer la désinvolture avec laquelle il parle de réconciliation à des Ukrainiens qui vivent sous la terreur russe. De même, le parti pris réitéré du pape de ne se rendre à Kiev qu’à la condition d’aller aussi à Moscou laisse pantois. Comme si, en la matière, nous avions affaire à une guerre mettant symétriquement face à face deux camps adverses dans un conflit qui devrait bien finir par un compromis autour d’une table de négociation.
Inversion de la vérité
François aime en appeler aux racines. Il serait bon, justement, d’aller y voir. Les indices, de ce côté, ne manquent pas pour y voir un peu plus clair. Depuis la première heure de l’invasion travestie en « opération militaire spéciale », tout au Kremlin est en permanence inversion de la vérité, détournement des mots, falsification de la réalité au service de la barbarie et de la terreur.
Et, à l’intérieur de la Russie, tout n’est que délire de propagande, asservissement des esprits, politique de répression impitoyable. Toutes choses qui sont autant de tragiques signatures, qui ramènent tout droit à ce passé soviétique qui n’a pas été purgé, à la terreur stalinienne, qui ressurgit aujourd’hui comme renaît une hydre maléfique. Ce passé de la « nuit soviétique » que désignait l’écrivaine russe Nadejda Mandelstam (1899-1980) et que le régime actuel réhabilite avec un cynisme sans fard.
De tout cela, manifestement, le pape n’est pas alerté. De même que l’incroyable projet de « dénazifier » l’Ukraine n’a nullement été interrogé par lui, reconnu comme une invraisemblable invention. Toute révérence gardée, on voudrait suggérer au pape François de lire Vassili Grossman, comme beaucoup y invitent aujourd’hui. Relire cette œuvre qui ouvre les yeux sur cette vérité qui fut iconoclaste dans la Russie de Grossman, mais qui devrait ne plus l’être : régimes nazi et soviétique ne sont jamais que des frères jumeaux qui servent les mêmes fins, capables donc de se relayer l’un l’autre. « Si c’est vous qui gagnez, explique ainsi, dans Vie et destin, un chef de camp nazi à un vieux bolchevique, nous continuerons à vivre dans votre victoire. »
Posture fallacieuse
Voilà pourquoi, que l’on ait affaire à Poutine ou à Hitler, la posture du pacifisme est aussi fallacieuse. Voilà pourquoi l’argumentation présente du pape évoque irrésistiblement 1938 et les illusions des négociateurs de Munich. Fallait-il parler avec Hitler pour le ramener au droit international ? Faut-il parler avec Poutine, envahisseur du Donbass, après la Crimée, pour trouver un modus vivendi ? La vérité est qu’on ne négocie pas avec le diable. Cela vaut aussi d’un prétendu dialogue avec Kirill, ce hiérarque qui donne au patriarcat de Moscou le visage de l’imposture en soutenant, de façon éhontée, une barbarie déguisée en croisade pour la cause du christianisme. Les vertus du dialogue sont invoquées à faux, quand l’une des parties ne connaît que le mensonge. Faut-il rappeler que la résistance au nazisme du pasteur Bonhoeffer (1906-1945) l’a conduit à rejoindre la conjuration de juillet 1944, qui devait en finir avec Hitler ?
Il est bien sûr tout à fait dramatique que nous nous retrouvions pris dans l’engrenage infernal de la surenchère militaire, obligés d’admettre que l’Ukraine ne sera sauve que par l’écrasement d’un système criminel s’inclinant devant la force de plus puissant que lui. Un pape peut-il appuyer cette stratégie ? Ne répondons pas pour lui. En tout état de cause, il y a certainement une lutte qu’il peut endosser, c’est celle de la vérité contre le mensonge. On n’ose affubler ces mots de vérité et de mensonge d’une solennelle majuscule. Pourtant, la conjoncture y inclinerait, tant le mensonge poutinien donne une dimension quasi métaphysique à l’imposture qui plastronne au Kremlin.
Mais, il peut suffire ici d’entendre, loin de tout pathos, l’opposant à Poutine Vladimir Kara-Mourza, condamné le 17 avril, par un tribunal de Moscou, à vingt-cinq ans de colonie pénitentiaire à régime strict. Sa réaction, après le verdict, fut quasiment une profession de foi : « Je sais qu’un jour viendra où les ténèbres qui recouvrent notre pays se dissiperont. Quand le noir sera appelé noir, et le blanc, blanc (…). Quand la guerre sera appelée une guerre, quand l’usurpateur sera appelé l’usurpateur et quand seront désignés comme criminels ceux qui ont instigué et déclenché cette guerre, et non ceux qui ont essayé de l’arrêter. » Certes, une voix bien solitaire, côté russe. Mais elle rejoint l’héroïque résistance en actes, au prix du sang, que le peuple ukrainien tout entier oppose depuis des mois à l’ennemi qui non seulement prétend l’anéantir, mais qui s’efforce aussi de duper les esprits en se faisant le chantre du pacifisme. Puisse le pape François servir la cause de la paix en commençant par servir la cause de la vérité.
QUARTIER LIBRE À LA FOLLE DU LOGIS
17/23
Alors qu’est-ce que tu as écrit cette nuit ? -Cette nuit j’ai réécris. J’ai cliqué sur le mot nuit de mon « nuage de mots », celui qui renvoie aux textes que j’ai « posté » à profusion depuis sur mon blog poésie mode d’emploi, ouvert le 8 janvier 2006. Tu te rappelles ? -Oh ! oui, ça correspondait à la première année où tu étais un retraité heureux, un « jubilé » au sens espagnol, qui fait de ceux qui cessent définitivement leur travail des jubilados. Alors, dis-moi, peux-tu me donner quelques-unes de tes « pièces » qui tissent le patchwork de tes nuits ? – Oui Alonzi Alonzo [Il est des nuits plus inventives que d’autres. Il est des nuits où mon encre à micro-pigments résistant à l’eau, court la page dorée avec le stylo pointe fine qui a la qualité de l’archive.C’est comme la voix que je lançais au printemps 1978 du haut du théâtre d’Épidaure La voix qui descendait vers toi mon amoureuse qui me faisait de grands gestes au centre de la scène] [Je bois la nuit Je bois l’encre sur cette carte dorée J’entends les cris d’une dramatique radiophonique les bruitages qui accompagnaient la gloire de mon père que j’écoutais religieusement après souper dans la cuisine avec mes parents Je bois la voix de Jean Tardieu qui entouré de poètes et comédiens créa le club d’essai le 24 mars 1946, pile poil un an après ma naissance. ] [ La Grande Ourse secoue son collier D’où se détache dans l’autre hémisphère, la Croix du Sud On entend un éclat de trompette venu du Bœuf sur le Toit Un cri nu sur la toile où l’oiseau Colibri sort d’une goutte de sang pas du sang, du rouge !] [Vivre de nuit dans la lumière de pensées au ralenti, rêves éveillés, lectures déraisonnables, écritures à la main qui transmet ce qui parle dans la tête au papier. Étendu dans son lit, tête posée sur l’oreiller, recouvert de son linceul 1 bleu, jaune ou vert. Vivre de vocabulaire vérifié, amplifié, d’étymologies, de la folle du logis à qui l’on donne tout pouvoir d’opérer sur la feuille de papier. Avant d’éteindre les feux et de piquer un petit somme. Puis recommencer. Nouvel éveil, nouvelle ballade d’Orphée qui doit aller de l’avant, sans se retourner. 1 en occitan le drap est appelé linçol selon le sens premier de linceul : petite pièce de « lin » et non drap funéraire.