JE DE NARRATION (avec le) je me débrouille comme je peux Je amoureux et Je jaloux Je jouant avec la langue de Molière ou de Larue Je qui avec le temps se métamorphose en un être méconnaissable Je bavard et Je silencieux Je en fuite dans une phrase qui fait erreur sur la personne Je sous le charme des Jeunes Filles en Fleurs Je des Enfers et Je des Paradis vécus le long d’une vie de rencontres éblouies Je enfantin Je enfantant des géographies mentales qui dessinent en fin de parcours le portrait bluffant d’un Narrateur sortant du cadre des pages de son roman
AVEC LE P DE POÉSIE PLUS PETIT QU’UN GRAIN DE RIZ
J’avance trois vérités à la fois J’avance de trois pages et je recule de deux J’avance le p de poésie plus petit qu’un grain de riz J’avance le fou, le cheval, le gambit J’avance dans le fleuve des pas perdus Un pied sur l’Orénoque un rêve de pirogue J’avance un œil sur l’Étoile du Nord Un autre sur celle de la Terre de Feu J’avance deux couleurs sur le mur des enfants Du bleu et de l’orange avec la phrase d’Eluard J’avance de pas perdus en pas retrouvés Sur le chemin des mythes et des épiphanies
J’ACCROCHE ET JE DÉCROCHE
J’ACCROCHE ET JE DÉCROCHE
J’accroche et je décroche Je traduis et je radiographie J’admire et je m’acharne J’écris et je récris Je me recrée je me récré Je me fais livre je me délivre Je me révolte je me déroute Je réunis Temps perdu et Temps retrouvé Je défie Proust je proustifie Je file la métaphore je fore la métalangue Je temporise je tambourine Je pratique la musique dodécaphonique B (si bémol) A (la mineur) C (ut ou do) H (la grande hache de l’Histoire qui s’abat aujourd’hui sur les malheureux Ukrainiens) Je rage et j’enrage Je noue et dénoue J’embraye et je débraye Je sonde l’intermittence multidimensionnelle du subconscient Je sais que toutes ces associations verbales font décousues Je me dis qu’en effet il faudra amender tout ça Mais peut-être pas
FAIRE UN NOUVEAU POÈME NAGER CONTRE LA MARÉE DES MÉDIAS
Mais cette parole qui se lève à travers les poèmes, quelle que soit leur apparence, serait-ce la plus fragile, que répète-t-elle, sinon que la nuit n’est pas tombée encore et que nous n’avons pas le droit de nous abandonner à la solitude et au désespoir. Pierre Dhainaut
Il faut du temps et personne n’a plus le temps Il faut du vent et toujours nager contra suberna – « contre la marée » disait le troubadour Arnaud Daniel – Il ne faut pas de tapage ni de publicité Il faut être plus résistant que le buis et l’olivier Il faut sans cesse apprendre les règles et les écarts de la métrique Il faut aimer réciter chanter et/ou ne rien dire Il faut apprendre à contempler une page de poème comme une expérience de pensée Il faut mesurer la détresse d’une société qui ne reconnaît pas ses poètes Mais il y a mieux à faire que de s’en prendre aux pouvoirs, à la presse et à Sainte Télévision, qui les ignorent Faire un nouveau poème la pulpe d’un fruit dont l’avenir est le noyau
INCIPITS SECONDE TRESSE
LE PLAISIR DE LIRE UN PATCHWORK
Abecquer ses oiseaux de nuit, avec ces quelques mots rares aux sens le plus souvent inconnu. Il arriva chez nous un dimanche de 189…Colin terminait sa toilette. « Je l’ai interrogé sur cette époque, où nous étions encore si jeunes, ingénus, enthousiastes, stupides, naïfs. Il en est resté quelque chose, sauf la jeunesse – m’a-t-il répondu. » C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Le Rêve est une seconde vie. Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant. Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je « hante » ? Comme le temps s’y prêtait à merveille et qu’on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné. Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Pour être heureux, ça j’étais heureux. Je vous garantis que ça n’a rien de folichon ce patelin d’Alliance, dans le Nébraska ; surtout quand je vous aurai dit que je me faisais tellement tartir dans ce bled qu’il commençait à me pousser du sainfoin dans la cafetière. Nel mezzo del cammin di nostra vita Mi ritrovai per una selva oscure
QUI A ÉCRIT ET DANS QUEL LIVRE ?
13 Abecquer ses oiseaux de nuit, avec ces quelques mots rares aux sens le plus souvent inconnu. 14 Il arriva chez nous un dimanche de 189…15 Colin terminait sa toilette. 16 « Je l’ai interrogé sur cette époque, où nous étions encore si jeunes, ingénus, enthousiastes, stupides, naïfs. Il en est resté quelque chose, sauf la jeunesse – m’a-t-il répondu. » 17 C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. 18 Le Rêve est une seconde vie. 19 Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant. 20 Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je « hante » ? 21 Comme le temps s’y prêtait à merveille et qu’on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné. 22 Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. 23 Pour être heureux, ça j’étais heureux. Je vous garantis que ça n’a rien de folichon ce patelin d’Alliance, dans le Nébraska ; surtout quand je vous aurai dit que je me faisais tellement tartir dans ce bled qu’il commençait à me pousser du sainfoin dans la cafetière. 24 Nel mezzo del cammin di nostra vita Mi ritrovai per una selva oscure
INDICATIONS (à lire en un second temps)
13 De l’auteur du blog, son livre « abécédaire ». 14 Un roman culte dont l’auteur mort après sa parution à la guerre infâme de 14 ne put jouir. 15 « L’histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre » proclamait l’avant-propos de cet auteur qui aimait les jolies filles, la musique de La Nouvelle-Orléans et Duke Elligton. 16 Traduit de l’italien Composé de 9 histoires, « avant de trouver vie dans ce livre, elles ont existé dans la réalité. Je me suis limité à les écouter et à les raconter à ma façon. » avoue l’auteur, qui a choisi comme titre général un fragment présocratique : En suivant l’ombre, le temps… 17 Tous les grands égarés de la Littérature connaissent Mégara. 18 « Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible ». « Une dame que j’avais aimée longtemps et que j’appellerai du nom d’A… était perdue pour moi ». 19 À l’exception de rares passages ce roman qui fit date est écrit à la deuxième personne du pluriel : c’est vous-même lecteur que le romancier semble mettre poliment en cause…20 Par un parti-pris « anti-littéraire » l’auteur élimine toute description par l’abondance d’une illustration photographique. Mais là n’est pas l’essentiel, l’essentiel est la rencontre de l’auteur avec « une jeune femme très pauvrement vêtue, si frêle qu’elle se pose à peine en marchant, curieusement fardée, le bord des yeux si noir pour une blonde. 21 Le titre du roman est un nombre qui évoque le début d’un événement historique : « l’Histoire avec sa grande H. » 22 Anton Voyl aurait pu s’appeler Antony Voilo, mais pas Antoine Voinel. 23 Marcel Duhamel, l’ami des surréalistes, traduit le premier livre de la « Série Noire » (le titre lui aurait été suggéré par Prévert). 24 Inutile de traduire. L’auteur, « au milieu du chemin de sa vie », en écrivant ainsi, invente dit-on l’italien. (Il aurait hésité avec l’écriture en Provençal).
LIVRES
13 Un dictionnaire à part moi Jean Jacques Dorio 14 Le grand Meaulnes Alain Fournier 15 L’écume des jours Boris Vian 16 Le temps vieillit vite Antonio Tabucchi 17 Salammbô Gustave Flaubert 18 Aurélia Nerval 19 La Modification Michel Butor 20 Nadja André Breton 21 14 Jean Echenoz 22 La disparition Georges Perec 23 La môme vert de gris Peter Cheyney (traduction Marcel Duhamel) 24 La divine comédie L’Enfer Dante
médaille d’or pour les recherches et les réponses :
Maria-Dolores Cano