

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


LETTRE D’UN FEU FOLLET À FEUE SA FEMME
texte en cours
lettre d’un feu follet à feue sa femme : ma chérie
mon amour dynamité ma tourterelle ensablée
mon soleil quand il pleut à verse
mon petit point d’or io
ma lionne assise dans le patio de l’Alhambra
de tout ton corps jusqu’à ton dernier souffle
vivante jusqu’à ta mort
mais tu m’écoutes me dis-tu
quand il te semble qu’à tes côtés
je m’adonne à je ne sais quelle rêverie
mais oui petit cœur je t’écoute
et je goûte ce moment présent comme une nostalgie
un murmure
et ton sang infuse toujours dans mes écrits
tes yeux dévoilent mes épiphanies
l’inflexion de ta voix chère ne s’est pas tue

RECONNAISSANCE
Et voilà cette brèche ouverte par un son, un rapport de mots, une liaison d’images, qui permet de voir là où on ne faisait que regarder. De respirer là où on ne faisait que discourir. Celui qui est capable de mettre en œuvre les lueurs qui peuvent naître de telles articulations ou de telles défaites dans les constellations de la parole, qui sait les forger, les provoquer, celui-là, comment ne le reconnaîtrions-nous pas ?
CE CHERCHEUR INASSOUVI
En l’écoutant, une fois peut-être, sans frontière, nous l’entendrons.
Ce chercheur inassouvi, cet éternel inadéquat, ce contempteur d’impossible est avant tout un ouvrier de la langue qui désespère et qui rit.
Allant aux fibres du tissage, aux sources de la chimie, il veut d’abord tendrement essuyer la buée, « buée des buées », regarder par cette trouée maladroite la lente migration du paysage.
LE TEXTE POÉTIQUE
Le texte poétique est le texte de la vie, travaillé par le rythme des éléments, construit, érodé par tout ce qui est fragmentaire, plein de lacunes, laissant apparaître dans les failles des signes plus anciens. Trame d’ardeur et de circulation : chacun peut y lire autre chose et aussi la même chose.
3 citations de Lorand Gaspar
28 février 1925 naissance à Targu Mures en Transylvanie (Roumanie)
9 octobre 2019 mort à Paris

EN SOUVENIR DE NOS ERRANCES
Martigues nuit du 16 au 17 octobre 2019
Je crois que je ne suis pas loin d’être le seul humain déraisonnable à lire intégralement et à annoter, cet hommage affectueux de Michel Leiris à la mémoire d’Alfred Métraux. Un discours empreint d’émotion et de reconnaissance, prononcé en guise d’allocution au palais de l’UNESCO le 17 juin 1963. Sa publication augmentée d’un préambule trouva sa place dans la revue l’Homme, où écrivit vers la fin du siècle XX, mon ami ethnologue Michel Perrin, rencontré alors que nous faisions tous deux notre coopé(ration) à Caracas (1968-1970).
Nous découvrîmes ensemble les indiens de la péninsule de la Goajira et les « panarés », vivant proche d’un affluent de l’Orénoque. Pour lui ce fut le début de sa conversion vers l’ethnologie, (il était physicien), et plus de quarante ans d’enquêtes enthousiastes et méticuleuses sur le terrain. Il m’envoya ses livres, qui portent témoignages, traces et aura, de ces infatigables recherches, avec des dédicaces précieuses, de la première « Pour toi Jean Jacques, cette partie de commun chemin Abrazo », « Le chemin des indiens morts » 1976, à la dernière sur un exemplaire de Visions Huichol, dont les « tableaux de fil », faisaient l’objet d’une grande exposition à la Vieille Charité « con abrazo et fidélité Michel » 12 XII 2014, Marseille jardin des Vestiges.
S’il était encore vivant, à nos côtés, avec Yvette son épouse, je lui ferai lire, et nous en ririons volontiers, cette dédicace de Métraux dont Leiris fit grand cas, après que son ami ce fut « endormi tout seul, dans un lieu retiré de la vallée de Chevreuse » :
« À Michel, en souvenir de nos errances, ces naïves diableries qui nous consolent ».

