MAI 68 UN ROMAN séquence IV

MAI 68 UN ROMAN

En mai 68 on a pris la parole comme en 89 on a pris la Bastille

Séquence 4

ICI tout le monde parle, écoute, répond, évalue, évolue, donne le meilleur de soi-même à la recherche de l’autre qu’il a toujours rêvé d’être.

Ici à Répu, un patron de médecine est venu dire que la contestation de ses étudiants lui avait ouvert les yeux. Qu’il avait retrouvé grâce à eux des idées et des ambitions qu’il avait perdues.

Ici des employés de Rhône-Poulenc ont raconté comment la tenue vestimentaire de chacun marquait leur place dans la hiérarchie : blouses blanches et bleus de travail pour les dominés, complet veston pour les encadreurs et manches de chemise pour les supérieurs.

Ici rue de Bretagne à l’angle de la rue Charlot-des-Sous,  dans le 3°, on vient les jours de marché avec nos grandes feuilles de papier vierge qu’on colle sur les murs pour faire avec les gens de grandes affiches murales.

C’est un jour

Révolution des savoirs saveurs

Avec la folie douce

Qui pimente toute sagesse

Et le jour d’après

Faites l’amour pas la guerre

Chaque proposition provoque et libère autant de paroles prisonnières que de pigeons sur la place de la Bastille

Et miracle des moments exceptionnels personne ici ne se tire dans les pattes

Puisque la langue s’essaie s’ajoute se rature se crée s’explore se contredit jubile

Sans maître de la palabre en surplomb

Le pouvoir qu’il reste au dehors de nous

Le respect pour l’autorité ? Tu veux rire

Imagine Converge et Diverge

Persévère

Mai 68 20 ans après « Des révolutionnaires dans un village parisien ») + La prise de parole Michel de Certeau

LE DON DES NUITS courriel 63

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

63

H.R. à JJ.D.

La nuit nous dicte son travail magique. Dénouer l’univers, les ramifications infimes des effets et des causes qui se perdent dans ce vertige sans fond : le temps.

JJ.D. à H.R.

Les lignes s’accumulent

Dans la tête du dormeur

Qui fait don à la poésie

D’un sonnet boiteux

Le poème trébuche

Puis se repose

Ni vers ni prose

.

H.R. (1947-….) un psychologue s’intéressant aux performances des créateurs tous azimuth

JJ.D. (1945-….) L’auteur d’un dictionnaire à part soi (éditions du Net)

LA POÉSIE N’A PAS DE PRIX

LA POÉSIE N’A PAS DE PRIX

« En ce monde étiré, parcouru en tous sens, volubile et affairiste,

la poésie survit, langue de sable, déploration surannée, etc. »

Gaston Puel

.

La poésie n’a pas de prix

Elle se donne pour rien

hors des marchands

des cuistres et des théoriciens

qui se font mousser

avec les mots des insurgés

.

La poésie n’a pas de prix

C’est un peu d’air qui est passé

sur cette colline sur cette rue

ce ru de figures invisibles

qui bouillonnent

moitié pierre moitié écume

.

La poésie n’a pas de prix

Trésor caché des nuits

Elle lève ses barricades mystérieuses

au carrefour des rêves

et des réalités

.

La poésie n’a pas de prix

inadaptée à ses marchés

où ceux qui inscrivent « poète »

sur leur carte d’identité plastifiée

troquent l’or du temps

pour leur petite monnaie de signes

.

Innocente dérangeante pauvre et sans prix

Poésie n’est pas un nom facile à porter

Elle est pourtant – toujours – l’humaine mesure

Qui relie maille après maille ses lecteurs dispersés

Joie et douleur mêlées dans un simple poème

Qui ne fait que passer

DISPARITION XII

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Jean Jacques Dorio

DISPARITION XII

ANNIE L.B.

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VOUS QUI NE VOYEZ PAS PENSEZ À CEUX QUI VOIENT

Il est des disparitions qu’on préfèrerait ne pas écrire. Comme si la mort de cette femme inclassable, nous donnait un sale coup au moral, nous rappelant sa dénonciation du trop de réalité qui nous est aujourd’hui imposé de toutes parts

Nous qui comme Annie L.B. assistâmes à ce qu’un sociologue espagnol appela pour la première fois en 1998, « une société en réseaux » et qui fûmes sensible aux coïncidences qu’elle révéla :

Néanmoins, il est des coïncidences dans le temps qui invitent à se demander, par exemple, s’il y a un rapport entre la crise de la poésie, l’effondrement de certaines niches écologiques, la montée des intégrismes religieux ou la désertification des sols…

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Le jour de sa disparition, le 29 juillet 2024,  on put lire sur notre journal du soir :

LA MORT DU COMPOSITEUR ALLEMAND WOLFGANG RIHM

Le musicien à la stature colossale, auteur de plus de 400 opus dont une demi-douzaine d’opéras, n’a eu de cesse de valoriser la subjectivité. Il est mort le 27 juillet, à 72 ans.

LA MORT DE LA CHANTEUSE PORTUGAISE MISIA

L’artiste avait participé au renouveau du fado, genre emblématique du Portugal, tout en s’autorisant de lumineuses digressions. Elle est morte le 27 juillet, à 69 ans.

MORT DU COMÉDIEN ITALIEN ROBERTO HERLITZKA ACTEUR FÉTICHE DE MARCO BELLOCHIO

Le comédien, qui tourna aussi pour Paolo Sorrentino, Luigi Comencini et Nicole Garcia, est mort, mercredi, à l’âge de 86 ans.

MORT D’ANNIE LE BRUN L’INCOMPARABLE POÈTE ET ESSAYISTE

Critique, écrivaine, grande spécialiste de Sade, elle n’a eu de cesse d’explorer les parts obscures de nos sociétés. Inclassable héroïne de la pensée, celle qui fut féministe sans jamais rien céder sur l’érotisme était aussi la dernière figure du surréalisme. Elle laisse derrière elle une œuvre à l’actualité brûlante.

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POUR EN FINIR AVEC CE QUI N’A PAS DE PRIX : L’ÈRE DU DÉCHET AUGMENTÉ

Comme on se félicite de produire une « réalité augmentée », nous voici entrés dans l’ère du déchet augmenté. Car non seulement la surproduction des décennies précédentes – avec son excès de marchandises, d’images, d’informations et le « trop de réalité » qui en découlait – a engendré un « trop de déchets », c’est-à-dire un monde de nuisances que son propre fonctionnement conduit à sa perte, mais s’y ajoute un enlaidissement inédit, un simulacre de remède destiné à ce que rien ne change en profondeur.

« Des lèvres botoxées à l’exploitation du passé, on ne compte plus les effets ordinaires d’une guerre menée pour en finir avec ce qui n’a pas de prix »

A cet égard, l’esthétisation du monde s’est révélée être l’arme particulièrement adaptée à la mise en place de ce nouvel ordre du déni. D’abord par son pouvoir de maquiller les contradictions, mais encore par sa puissance de falsification, pour formater êtres et choses à travers une « beauté de synthèse » propre à annihiler toute singularité. Ce qui vaut pour les choses, les lieux comme pour les individus. Telle l’industrie du tourisme participant de cette cosmétisation du monde, qui en redouble l’enlaidissement. En réalité, des lèvres botoxées à l’exploitation du passé, du body-building au réaménagement des villes, on ne compte plus les effets ordinaires d’une guerre menée pour en finir avec ce qui n’a pas de prix, de sorte que c’est la totalité de notre vie sensible qui s’en trouve menacée.

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LA POÉSIE N’A PAS DE PRIX

« En ce monde étiré, parcouru en tous sens, volubile et affairiste,

la poésie survit, langue de sable, déploration surannée, etc. »

Gaston Puel

.

La poésie n’a pas de prix

Elle se donne pour rien

hors des marchands

des cuistres et des théoriciens

qui se font mousser

avec les mots des insurgés

.

La poésie n’a pas de prix

C’est un peu d’air qui est passé

sur cette colline sur cette rue

ce ru de figures invisibles

qui bouillonnent

moitié  pierre moitié écume

.

La poésie n’a pas de prix

Trésor caché des nuits

Elle lève ses barricades mystérieuses

au carrefour des rêves

et des réalités

.

La poésie n’a pas de prix

inadaptée à ses marchés

où ceux qui inscrivent « poète »

sur leur carte d’identité plastifiée

troquent l’or du temps

pour leur petite monnaie de signes

.

Innocente dérangeante pauvre et sans prix

Poésie n’est pas un nom facile à porter

Elle est pourtant – toujours – l’humaine mesure

Qui relie maille après maille ses lecteurs dispersés

Joie et douleur mêlées dans un simple poème

Qui ne fait que passer

JJ Dorio