UN RÊVE DE BEAUMARCHAIS

Beaumarchais rêvait d’un brochet

C’est juste un vers qui n’est pas vrai

Mais cette fadaise était bonne à croire

Tous les synonymes en attestent :

calembredaines balivernes chimères

billevesées sottises niaiseries sornettes

Sans parler de la malle aux colifichets

Un héritage de Bouvard et Pécuchet

Un objet retenait l’attention de Caron

C’était une montre squelette

Créée par son père horloger

Son mécanisme est apparent

Tel ce texte qui sous la chair

Montre ses ossements

SEIZE LUSTRES ACCOUCHÉS SUR LE PAPIER

On n’a pas tous les jours quatre fois vingt ans

Quatre fois vingt piges ou seize lustres

Voilà c’est fait à l’instant ce vingt quatre mars

Quand en 1945 je naquis

Ça crée forcément un certain vertige

En même temps qui puis-je ?

Je compte quatre-vingt mentalement

Vide et plein

En respirant songeant au fil du double jeu : inspiration expiration :

Un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix onze douze treize quatorze quinze seize dix-sept dix-huit dix-neuf vingt vingt et un vingt deux vingt trois vingt quatre vingt cinq vingt six vingt sept vingt huit vingt neuf trente trente et un trente deux trente trois trente quatre trente cinq trente six trente sept trente huit trente neuf quarante quarante et un quarante deux quarante trois quarante quatre quarante cinq quarante six quarante sept quarante huit quarante neuf cinquante cinquante et un cinquante deux cinquante trois cinquante quatre cinquante cinq cinquante six cinquante sept cinquante huit cinquante neuf soixante soixante et un soixante deux soixante trois soixante quatre soixante cinq soixante dix soixante sept soixante huit soixante neuf soixante dix soixante et onze soixante douze soixante treize soixante quatorze soixante quinze soixante seize soixante dix sept soixante dix huit soixante dix neuf quatre vingt

Voilà j’y suis

J’éteins le lustre de ma chambre

Retour au calme

Il est quatre heures pile comme c’est inscrit sur le livret d’état civil

Voilà ton fils Mère

Quatre-vingt ans après que tu l’eus mis au monde

Qui pense fort à toi

C’est la moindre des choses

C’est ce que je te dois

Mon éternelle maman

Ma mère

Chanson JJ Dorio Enregistrée au studio du Petit Mas à Martigues

Accompagnement guitare Philippe Bruguière

DÉFENSE DES POÈTES

Armée que nul tyran ne commande

Qui joue du luth

Aime l’allure poétique

Petit cheval dans le mauvais temps

Allant à l’ amble

S’amuse d’un écart de langage

Sur le papier et dans ses marges

Amoureux que leurs vers transcendent

Dans les Andes ou à Samarcande

Dans la forêt de Brocéliande

Poètes

Souffrez qu’ici on vous défende

UN DÉBUT D’INSOMNIE

Abécédaire des nuits insomniaques

En un lit envahi par la brume

S’écrit un paragraphe sans frontières

Qui met à mal le moi profond

Les printemps obligés de la po-ésie

Les êtres chers qui dorment entre les pages

Soudain un cairn s’invite dans la rêverie

Une de ses constructions aléatoires qui jalonnent les chemins de montagne

Le voyageur sédentaire trop absorbé par la contemplation du cairn oublie l’essentiel : Continuer Aller sa route Passer entre les gouttes