DES POÈMES RIEN D’AUTRE

Des poèmes

Rien d’autre

Venus d’ailleurs

Ou bien d’ici

D’un voyageur

Qui n’a pour bagage

Qu’une voix

Qui persiste

Mais qui ne signe pas

Des poèmes

Poste restante

Glissés entre

Deux pierres

D’une restanque

Écrits en marge

D’un monde politique

Qui s’étripe

Des poèmes

Écrits au lit

D’une rivière

Spirituelle

Garonne Ariège

Où neigent

Des rimes inactuelles

Des poèmes enfin

Nés au mitan du siècle dernier

Portés par de vagues réminiscences

Jusqu’au quart du siècle présent

Sans garantie d’authenticité

Mais qui ont le privilège

Somme toute

D’une certaine longévité

Martigues 27 décembre 2024

PRÉSENT DU PARADIS

Comme des vœux

D’un  nouvel an

Un bout à  bout

De but en blanc

Debout les morts

Et les vivants

De but en blanc

Je te le dis

Tu n’iras pas au paradis

Le paradis n’existe pas

Ou bien c’est ici

Et maintenant

Qu’il faut en faire

Un présent

Un viatique

Pour chaque jour

Du nouvel an

Bon vent

UN SOIR

Un soir

Je fus un soir
campé au pied d’une télescope visionnaire
qui progressait rapidement vers le Céleste -
Nuit de velours funèbre damassé d’astres très lointains -
tandis que le soleil depuis nos antipodes
faisait saillir, accrochées à l’arbre invisible
de la gravitation – cette grande amoureuse –
quelques planètes arrondies
comme des boules de Noël
Jetons quelque prière
à l’arche illimitée des étoiles non fixes


« Cosmos aux mouvements qu’un Principe inconnu
gouverne et fait prévoir dans l’horloge des siècles,
sur la Terre livrée à la folie des hommes
on brise constamment les tables de la Loi
Comment hurler la paix, exiger son retour
aux mafieux des pouvoirs réputés maîtres de terreur ?
Collez votre œil à l’oculaire : lumières en suspens
sur l’incommensurable, regardez - les au prix
de tout orgueil petit ou grand
Le piédestal où le tyran se juche
est d’emblée fissuré. Faisons ce vœu
qu’en 2025 nous assistions à des fractures
d’Histoire, voltes où le destin se plaît
à remagnétiser l’Aimant fédérateur d’Amour.

André Ughetto, 23 décembre 2024

LA MASSACRE DES INNOCENTS
Je perds les pédales devant l'horrible guerre
-C'est pas juste dit l'enfant d’un kibboutz
dont la famille a été massacrée
Puis après l'Israélien c'est un petit Palestinien
de Gaza qui hurle sa désespérance


Je suis entouré d'arbres qui me regardent
Je les entends me menacer
Je ne sais au juste ce qu'ils me reprochent
Difficile pourtant d'esquiver
Mais dire la détresse comme elle est
N'est pas donné à la langue de tous les jours
(les mots des tribus ennemies ajoutent de la haine au désespoir)

-C'est pas juste disent les enfants des deux peuples ennemis
C'est de plus en plus nous qui subissons le massacre des innocents
Combien d'années maudites faudra-t-il encore passer
Avant de revoir refleurir la paix l'art
le petit bonheur d'Exister

JJ Dorio Noël 2024

JOUR DE NOËL

Jour de Noël Nativité

Des nouveaux nés et des enfants

Qui ont rêvé de leurs joujoux

Jour de cadeaux de nos loulous

Mamans reines papas gâteaux

Le mien c’était Noël Dorio

Qui s’évada en 42

Prisonnier du Reich allemand

Jour de Noël mais je m’égare

Pour les enfants souffrant la guerre

Finir avec ma plume d’ange

C’est bien le moins que je leur dois

NOMMER LE MONDE EST-CE COMME PONDRE UN OEUF ?

Nommer le monde qui nous entoure

Mots à mots qui viennent à la queue leu leu

Page à page où naissent des orages

Sur des volcans devenus vieux

Nommer mélancoliquement la vie devant soi

Pour lire après coup ce qu’on ne savait pas qu’on allait pondre

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première page écrite à propos des clochers de Martinville par l’enfant Marcel anticipant le futur écrivain

Je ne repensai jamais à cette page, mais à ce moment-là, quand, au coin du siège où le cocher du docteur plaçait habituellement dans un panier les volailles qu’il avait achetées au marché de Martinville, j’eus fini de l’écrire, je me trouvai si heureux, je sentais qu’elle m’avait si parfaitement débarrassé de ces clochers et de ce qu’ils cachaient derrière eux, que comme si j’avais été moi-même une poule et si je venais de pondre un œuf, je me mis à chanter à tue-tête.

Marcel Proust Du côté de chez Swann