GUETTER nos rêves sans sommeil





J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas. C’est l’attente qui est magnifique.

André Breton

GUETTER




Guetter les souris du grenier. Guetter le moment propice. Guetter les perdrix rouge sang. Guetter l’arrivée de monsieur le ministre. Guetter sa chérie sous la brise. Guetter la chanteuse des rues et des places publiques. Guetter la rabouilleuse de l’étang de Berre. Guetter le monstre du Loch Ness. Guetter nos rêves sans sommeil. Guetter le Fol Lunatique et le Fol Sympathique. Guetter Méphistophélès. Guetter la lune romantique. Guetter le gazouillis de l’oisillon. Guetter le bug informatique. Guetter Louis XIV sans sa perruque. Guetter l’appel du Général. Guetter les lavandières du Portugal. Guetter Diogène dans sa barrique. Guetter l’allumeur de réverbères. Guetter l’instant où nos joies se transforment en peine. Guetter Guillaume sous le pont Apollinaire. Guetter l’araignée du soir. Guetter le lézard des murailles. Guetter le zèbre qui se cabre. Guetter la poule aux œufs d’or. Guetter le dernier des Mohicans. Guetter le vendeur de mouron. Guetter les nymphéas éclos à Giverny. Guetter les loustics et les aigrefins. Guetter Aristophane sur la scène d’Épidaure. Guetter la cantatrice chauve. Guetter Gavroche sur la barricade de la rue de la Chanvrerie. Guetter les punaises de sacristie. Guetter le métèque de Moustaki. Guetter l’homme ayant les défauts de ses qualités. Guetter les porteurs de mélancolie. Guetter la femme bleue d’Henri Matisse. Guetter la dernière flèche empennée de nos lèvres bien-aimées.


	

UNE FOIS N’EST PAS COUTUME





Une fois n’est pas coutume

La nuit ne m’a pas donné son poème rituel

La page au réveil me reluque

et demande son dû

Mais je n’ai que ces mots de travers

a lui donner comme perruque





(C’est un peu comme la chanson

Que l’artiste doit ajouter

Pour que son album

Tienne la distance)





Une fois n’est pas coutume

La brume l’écume la plume

écrit machinalement ses rimes

L’expression (répétée) vient de ma mère

Qui me disait aussi

« Chante chante petit oiseau ! »

C’était pour dire qu’elle ne croyait pas

En mes sornettes

Nous en riions bien sûr





Il pleut il pleut bergère !

La page qui a eu son dû

À présent me libère





une fois n’est pas coutume : voix

30/01/2021

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