TU TE SOUVIENS DES TEXTES DE L’ENFANCE ?





– Tu te souviens des textes de l’enfance ?

– ?

– Ceux que comme tout apprenti tu as commencé

à laisser galoper innocemment sur la page.

– Ah ! Je ne saisissais pas ta question.

Mais aucun texticule original n’a sillonné

les pages d’un cahier d’imitation.

Je n’avais fils de cultivateurs aucun livre à l’entour

qui m’invitait à singer l’autre culture, la livresque.

– Et donc… ?

– Et donc mes premiers textes écrits  à main de plume (gauloise ou sergent major)

ce furent ceux recopiés sur mon cahier de « Récitations » :

la fable du Corbeau et du Renard, Automne d’Apollinaire,

et le Matin des Étrennes de Rimbaud.

– Ah ! maintenant ça me revient.

Et sur l’autre page on en faisait un dessin colorié.

-Toujours maladroit, mais comme une promesse

d’aurores futures.





Dialogues intérieurs II





Invitation à contribution

Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution.

Paul Ricœur

- Tu te souviens des textes de l'enfance?

- 

LETTRE ART BRUT D’UN MORALISTE JOYEUX

premier jet
brut
comme on dit
d’un vin de Champagne

Jean Dubuffet                                                                                         Jean Jacques Dorio

à Florence Gould                                                                                 à l’Asphyxiante Culture





LETTRE ARBRUT

D’UN MORALISTE JOYEUX





Je vous assure que la copie à la main est la chose la plus agréable qui soit pourvu que l’on n’oublie pas de s’appliquer comme un gamin

Je vous assure qu’il n’y a rien de plus original que de dérouler ainsi les lettres les mots les accents et les signes diacritiques

Je vous assure que l’on peut simultanément affirmer tout son contraire et une troisième manière que je nommerais faute de mieux la troisième dimension

Je vous assure qu’il n’y a rien de plus asphyxiant qu’un musée rien de plus stimulant rien de plus inquiétant

Je vous assure que j’ai oublié chemin faisant ce que je voulais vous rapporter d’Égypte (Maat déesse de la balance me dit le livre que j’ai ouvert pour me venir en aide)

Je vous assure que les épidémies ça me connaît la peste puisqu’il faut l’appeler par son nom avec ses gens aux longs becs de noir vêtus soufflant leur poudre de perlimpinpin pour conjurer le mal attribué naguère à la punition divine

Je vous assure qu’ « il m’est doux en cette mer de faire naufrage »* avec la sensation d’échapper à l’asphyxiante in/culture qui perd les gens du commun et les individus riches capitaines d’industries Titanic

*e il naufragar m’è dolce in questa mare (Leopardi)

Je vous assure que je suis fort de ma vulnérabilité fragilité perte d’un être qui m’était le plus cher au monde

Je vous assure que l’absence de démesure et la conscience des certitudes basées sur l’ignorance me permettent de poursuivre cette écriture chancelante mais résolue

Je vous assure que c’est la mouvance et non la fixité qui doit devenir l’élément de mire de la pensée son objet constant

Je vous embrasse joyeusement

Jean Dubuffet

alias JJD





source plagiée

Lettre de Jean Dubuffet

à la mécène Florence Gould

dans les années 60 (siècle XX)

fac-similé de la lettre de Jean Dubuffet
JE VOUS ASSURE QUE LES MUSÉES
SONT LA CHOSE LA PLUS DÉTESTABLE QUI SOIT

À L’HEURE DU CORONA

À l'heure du corona
De la débâcle
de la Nature
Crise du cinéma
et brouillons de Culture
Je laisse à d'autres
le pire
Occupant ma retraite
au meilleur
L'autre vie
sans télé sans ouature
avec juste ce qu'il faut de vent
pour semer mes graines de poèmes
C'est tout un sport !
la main écrit
semant ses spores
C’est tout un sport