C’est la nuit de toutes les couleurs

C'est la nuit de toutes les couleurs
La nuit de kaki et de noisettes
La nuit de fumée de noix de galle
C'est la nuit de charbon et de pintes

C’est la nuit du maréchal ferrant les éperons de Don Quichotte
La nuit des peintures corporelles 
Pour naviguer dans le Monde Autre 
Des chamans et chamanes
C'est la nuit des chants colorés et des têtes ornées d'autruche
La nuit plus noire qu'un chiffonnier

C'est la nuit de tous ces peuples qui ont disparu
Sur les rives d'un chenal de maisons sur pilotis
La nuit du « brésil» et des cochenilles
La nuit des fards et des simulacres
C'est la nuit qui perd ses couleurs
La nuit du chasseur d'hommes
La nuit du banquier anarchiste

C’est la nuit des initiations
Qui coupe les cheveux en quatre
De toutes les citations
C'est la nuit qui reprend les mythes fondateurs
Pour les clouer aux poteaux de couleurs

C'est la nuit de la vie de château et de lunes d'écailles
La nuit japonaise des six blancheurs
La nuit solaire sur la palette de Vincent
Et celle que l'on teint en rouge 

Pour mieux l'enterrer
Au petit matin
À la vieille lanterne
Des nuits de toutes les couleurs

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LETTRE D’UNE ÉQUINOXE





Ma chère Jo

Je t’écris sans savoir où tu en es et ce que tu penses.
Je t’ai perdue, souviens-toi, il y a sept ans.
Je t’écris dans notre couche commune que j’ai désertée à de rares exceptions, essentiellement pour aller chez notre fille cadette à Paris puis à New York.
Je t’écris sans trop savoir moi aussi où j’en suis et ce que je pense.
Cependant, tu t’en doutes, je n’ai pas abandonné, j’ai continué mes instants créatifs à sauts et à gambades.
Tu sais pour l’avoir intimement observé combien j’aime laisser toujours une place pour l’inattendu, le coup de raccroc, dixit Tristan Corbière, la chaise en grain de paille de Vincent qui espérait y asseoir la Beauté…
Je t’écris, hasard objectif du calendrier, en cette nuit qui commence l’équinoxe d’automne 2021, ce 22 septembre où, chante Brassens, au diable vous partîtes…