LETTRE UN PEU LESTE PRISE AU COLLET





Réponse de Louise à la lettre de Gustave

du 24 janvier 1854

Aux Martigues

04/04/2020

nuit de samedi 4h





Mon cher Gus

Tes phrases me grisent

Elles illustrent à merveille

Ton psychologico

Caca nerveux





Et ton pucelage

Qui dis-tu

Ouvre à tout vent

La reproduction

De ta future œuvre

M’a faite trépignée

De rage endiablée





Du coup je suis allée

Tout de go

Au zoo

Du jardin d’acclimatation

Donner quelques feuilles

De Bovary

Aux grands singes

Et aux ouistitis





Au retour sur ma table

J’ai pris mon stylo bic

Et composé une chanson

Avec les meilleures

De tes rogations





La fille du Bédouin

Le citoyen Machin

Et la Louise collée

Au faux blair

De Flaubert





C’est le refrain

Que nous chanterons

Sans freins

Rue de Sèvres

Quand sorti de ta mouise

Tu pourras de vive voix

La voile enflée

Achever ta besogne





Ta Louise





COMPLÉMENTS

Extraits de la lettre de Gustave Flaubert à Louise Collet

Croisset 23 janvier 1854 Nuit de lundi 1h

J’ai passé deux exécrables journées, samedi et hier. il m’a été impossible d’écrire une ligne. Ce que j’ai juré, et gâché de papier et trépigné de rage, est impossible à savoir. J’avais à faire un passage psychologico-nerveux des plus déliés, et je me perdais continuellement dans les métaphores, au lieu de préciser les faits. Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. La phrase me grise et je perds de vue l’idée. L’univers entier me sifflerait aux oreilles, que je ne serais pas plus enragé abîmé de honte que je ne le suis, qqfois. Qui n’a senti de ces impuissances, où il semble que votre cervelle se dissout comme un paquet de linges pourris ! – & puis le vent resouffle, la voile s’enfle. ce soir, en une heure, j’ai écrit toute une demi-page. Je l’aurais peut-être achevée, si je n’eusse entendu sonner l’heure & pensé à toi.

Quant à ton Journal, je n’ai nullement défendu à B. [Bouilhet] d’y collaborer. Mais je crois seulement : que lui, inconnu, débutant, ayant sa réputation à ménager, son nom à faire valoir, & mousser, il aurait tort de donner maintenant des vers à un petit journal. cela ne lui rapporterait ni honneur, ni profit. et je ne vois pas en quoi cela te rendrait service, puisque vous avez le droit de prendre de droite & de gauche ce qui vous plaît. – Pour ce qui est de moi : tu me comprends que je n’écrirai pas plus dans celui-là que dans un autre. à quoi bon ? & en quoi cela m’avancerait-il ? S’il faut (quand je serai à Paris) t’expédier des articles pr t’obliger, de gd cœur. Mais quant à signer, non. Voilà vingt ans que je garde mon pucelage. – Le public l’aura tout entier & d’un seul coup, ou pas. D’ici là, je le soigne. Je suis bien décidé d’ailleurs à n’écrire par la suite dans aucun journal fût-ce même la R. des Deux M.  [Revue des Deux Mondes], si on me le proposait. Je ne veux ne faire partie de rien, n’être membre d’aucune académie, d’aucune corporation, ni association quelconque. Je hais le troupeau, la règle & le niveau. Bédouin, tant qu’il vous plaira. citoyen, jamais. J’aurai même gd soin, dût-il m’en coûter cher, de mettre à la première page de mes livres que « la reproduction en est permise », pr afin qu’on voie bien que je ne suis pas de la Société des gens de lettres – car j’en renie le titre, d’avance, & je prendrais vis-à-vis de mon concierge plutôt celui de négociant ou de chasublier. – Ah ! ah ! je n’aurai pas tourné dans ma cage pendant un quart de siècle, et avec plus d’aspirations à la liberté que les tigres du Jardin des Plantes, pour m’atteler ensuite à un omnibus et marcher trottiner d’un pas tranquille sur le macadam commun –Non, non – Je crèverai dans mon coin, comme un ours galeux. – Ou bien l’on se dérangera pr voir l’ours. – Il y a une chose toute nouvelle & charmante à faire dans ton J. [Journal], une chose qui peut être presque une création littéraire, & à quoi tu ne penses pas, c’est l’article mode. Je t’expliquerai ce que je veux dire dans ma prochaine. Il me reste à peine assez de place pour te dire que ton G. t’embrasse.





ILLUSTRATIONS

Fac-similé

Lettres de Gustave 23/01/1854

Réponse de Louise 04/04/2020

(brouillon de culture)

Gus Flaubert
23/01/1854
1 h du mat
Louise Collet
pcc Jean Jacques Dorio
04/04/2020
4H DU MAT
Flaubert à 50 ans
photographié par Nadar
fac-similés :
enveloppe et signature autographe
du maître romancier

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6 Comments

  1. Une belle lettre fictive de LC qui colle bien à celle de Flaubert lui qui tourne comme un ours en cage avec sa Bovary dans les bras ou plutôt sur ses bras. Un Sacré loustic ce Gustave qui parle de la publication de son roman comme d’un dépucelage et qui ne veut surtout pas le perdre dans des revues de second ordre. On sait aussi qu’il se masturbait avec une pantoufle de LC tachée de sang (de son pucelage ss doute? à moins que je délire). Pas très net le Flaubert sa Bovary lui était sans doute monté à la tête à force de se vouer à elle corps et âme. L’atelier que je prépare pour la rentrée à Cadenet sera lancé autour de Flaubert . Tu en as la primeur cher Jean Jacques. Du coup je suis friand de tt ce qui concerne l’ermite de Croisset et donc de Louise C. En ces temps de disette je lis Proust et je suis les turpitudes de Jupien, Morel et du baron charlus. Je ne suis donc pas si loin de tout ça…

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  2. SUITE N° 1

    Flaubert, un modèle d’écrivain qui représente l’actualisation d’une nature déjà présente, qui s’apparente au « génie ». Une modalité d’un « grand singulier »

    « Revenons à l’écriture : sur l’axe identitaire définissant les modalités de la compétence, elle relève du « devenir qui l’on est » plutôt que du « devenir qui l’on n’était pas ». En effet, elle supporte bien le modèle professionnel du travail, investi plutôt par les écrivains eux-mêmes, tout comme le modèle vocationnel du don investi plutôt par leurs admirateurs. En revanche, apprentissage et conversion sont rares dans les représentations du « devenir écrivain » : car à la différence de la peinture ou de la musique, l’écriture est faiblement investie comme une technique spécialisée susceptible d’un véritable apprentissage (même s’il existe des ateliers d’écriture, et même si certains écrivains se comparent volontiers à des artisans) ; et elle repose sur une compétence incorporée dès l’enfance, peu compatible avec le mode soudain et relativement tardif de la conversion.
    L’expérience du « devenir écrivain » représente donc typiquement l’actualisation d’une nature déjà présente mais invisible : nature figée sous la forme du don, actualisation accomplie sous la forme du travail – dont témoigne exemplairement la correspondance de Flaubert. C’est pourquoi elle s’apparente davantage à la figure du génie – artiste ou savant – qu’à celles du saint ou du héros. Car parmi ces grandes incarnations de la singularité, le génie est celui qui, par ses œuvres, parvient à donner son actualisation maximale à la puissance qu’il portait en lui.

    Natahalie Heinich (Être écrivain Création et identité)

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  3. Suite n° 2
    UN ENNUI À CRIER
    Quand il n’est pas à sa tâche Flaubert s’ennuie. Il l’écrit à George Sand qui, contrairement à lui, sait goûter le farniente, le plaisir de ne rien faire.
    « J’ignore absolument, comme vous le dites, le plaisir de ne rien faire. Dès que je ne tiens plus un livre, ou que je ne rêve pas d’en écrire un, il me prend un ennui à crier. La vie enfin ne me semble tolérable que si on l’escamote – ou bien il faudrait se livrer à des plaisirs désordonnés…et encore ! »

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  4. Suite n° 3
    « Pas très net le Flaubert sa Bovary lui était sans doute monté à la tête à force de se vouer à elle corps et âme »
    André Bellatorre (lire le premier commentaire)
    « Les personnages imaginaires m’affolent, me poursuivent, – ou plutôt c’est moi qui suis dans leur peau. Quand j’écrivais l’empoisonnement de Mm Bovary j’avais si bien le goût de l’arsenic dans la bouche, j’étais si bien empoisonné moi-même que je me suis donné deux indigestions coup sur coup – deux indigestions réelles car j’ai vomi tout mon dîner »
    G.F. lettre à Hyppolyte Taine (1866)

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  5. Suite 4
    « Le métier d’homme de lettres me répugne prodigieusement. »
    « Mais quant à gagner de l’argent, non, non, et à en gagner avec ma plume jamais ! jamais ! Je n’en fais pas le serment, parce qu’on a l’habitude violer les serments mais je dis seulement que cela m’étonnerait fort, vu que le métier d’homme de lettres me répugne prodigieusement. J’écris pour moi, pour moi seul comme je fume et comme je dors. C’est une fonction presque animale tant elle est personnelle et intime. Je n’ai rien en vue quand je fais quelque chose, que la réalisation de l’Idée, et il me semble que mon œuvre perdrait même tout sens à être publiée. »
    Lettre à Louise Colet 16 août 1847

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  6. Suite 5

    Quand Flaubert rêve de faire griller ses lecteurs pour de bon.

    « Il est beau d’être un grand écrivain, de tenir les hommes dans la poêle à frire de sa phrase et de les y faire sauter comme marrons. Il doit y avoir délirants orgueils à sentir qu’on pèse sur l’humanité de tout le poids de son idée, mais il faut pour cela avoir quelque chose à dire ».

    Sur cette « idée-là » il y aurait beaucoup à dire, mais en ce samedi soir et pour boucler le dossier impromptu Flaubert, je vais ajouter une pincée d’humour, qui ne semble pas avoir été le condiment préféré de Gustave.

    Rengaine pour piano mécanique
    (comme un rémouleur superbe et désabusé)
    Dépêche-toi de rire il en est encor temps bientôt la poêle à frire et adieu le beau temps.
    D’autres viendront quand même respirer le beau temps c’est pas toujours les mêmes mais y a toujours des gens.
    Sous le premier empire y avait des habitants sous le second rempire y en avait tout autant.
    Même si c’est plus les mêmes tu t’en iras comme eux tu t’en iras quand même tu t’en iras chez eux.
    C’est pas moi c’est mes frères qui vivront après moi même chose que mon grand’père qui vivait avant moi.
    Même si c’est plus les mêmes on est content pour eux nous d’avance on les aime sans en être envieux.
    Dépêche-toi de rire il en est encor temps bientôt la poêle à frire et adieu le beau temps…
    Jean Tardieu

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