TÉLÉPHONER avec en ligne au bout du fil nos fantômes et nos farfadets





Téléphoner Allo Allo Mr Benjamin Péret Votre gazelle est égarée dans un cinéma des grands boulevards surréalistes Téléphoner Allo Allo Coucou c’est moi Je ne dors pas Parle-moi s’il te plaît du carré de l’hypoténuse et des moutons de Panurge Ça urge Téléphoner Allo Allo à Michel de Montaigne plantant ses choux dans son jardin imparfait et soudain traversé par l’idée de sa mort mais qui , nonchalant d’elle, la congédie Téléphoner Allo Allo à ma cocotte comme dit la fermière, à mon p’tit Lou malheureuse comme une pierre et qu’essaie de consoler la chanson de Perret  Téléphoner Allo Allo aux jeunes filles violées, aux jeunes épouses voilées, aux vieilles dames perdues dans les allées d’Alzheimer Téléphoner Allo Allo au père Queneau (Raymond qu’on baptisa) lui qui tant écrivailla entouré de Pléiades et de bouquinailles Téléphoner au père Dorio (Noël pour les intimes) lui qui tant laboura accroché à son brabant, sa charrue réversible qu’il tournait au bout du sillon (comme son fils fait à l’instant de ses vers boustrophédons) Téléphoner Allo Allo à Phédon : pour la rime riche, pour se ressouvenir de la mort du premier philosophe  qui jamais n’écrivit mais qui eut un Platon qui se mit en quatre pour rapporter les dialogues de ce fils de sage-femme qui eut la drôle d’idée de vouloir lui-même accoucher les esprits de ces concitoyens qui un jour excédés lui firent un procès et le condamnèrent (pour corruption de la jeunesse, négation des dieux de la cité et introduction de divinités nouvelles) à boire jusqu’à la lie ce breuvage fatal où nageait la ciguë Téléphoner Allo Allo à Gagarine le premier homme qui fit le tour de notre mère la Terre et qui confirma revenu sur le plancher des vaches la parole du camarade poète Eluard : la terre est bleue comme une orange Téléphoner Allo Allo à Henri Michaux pour avoir des nouvelles de l’avenir de la poésie Et enregistrer sur un magnétophone à cassettes sa réponse : Où va la poésie ? Elle va à nous rendre habitable, l’inhabitable, respirable, l’irrespirable Téléphoner Allô Allô quelles nouvelles? (il était temps !) à madame la marquise qui (l’histoire n’est pas connue) après avoir appris la perte de tous ses biens, ne sortit pas à cinq heures comme le prétend la doxa, mais prit bel et bien le train de 9 heures à la gare de Lyon vêtue de son manteau d’Arlequin, pour aller à Milan s’enivrer du chant de la Callas dans la Traviata noi siamo zingarelle venute da lontano (nous sommes des bohémiennes venues de loin) Téléphoner Allo Allo et rester le bec dans l’eau quand au bout de la ligne (la dernière) une voix vous répond et vous répète obsessionnellement : le numéro que vous avez demandé n’est attribué qu’aux fantômes et aux farfadets… 


	

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