ROMANCIÈRE PERDUE légère et court vêtue 7/8/9






sept

CETTE FOIS JE L’AI VUE PASSER, légère et court vêtue, un maquillage pâle et ses cheveux attachés en queue de cheval, portant sur son épaule un sac orné d’un motif ressemblant à une mola des indiens kuna : la mola de la pieuvre, un tourbillon, un maelström à l’origine du monde. À l’intérieur du grand sac, (ses écrits nous le révèlent), elle transporte un joyeux mélange d’objets aux alliances improbables : livres légers qui venaient d’apparaître, (les « poches »), dont en particulier à côté de Casanova, les mémoires d’une jeune fille dérangée, comme elle s’amusait à baptiser le livre de la philosophe du « deuxième sexe », friandises diverses, petits nécessaires de maquillages et de mariages inattendus, madras, foulards, notes et citations, recopiées de sa plus belle main, sur des fiches cartonnées blanches ou bariolées, les blanches pour les poèmes brefs de Chine ou du Japon, choses précieuses qui ne font que passer. De ce type de sas ( lapsus calami), un critique littéraire, théoricien narquois de la littérature, fit plus tard, un bardadrac, que notre autrice, originaire du Sud-Ouest, associa quand elle le lut, à son grand papatrac.

Michel Perrin (Tableaux Kuna) Gérard Genette (Bardadrac) Chantal Thomas (Casanova Un voyage libertin)





huit

ALORS CES PERSONNAGES AUX NOMS EMBRAYEURS, qu’attends-tu pour nous les décliner ? C’est l’injonction muette que je faisais à Joëlle L., entre temps elle-même réduite à Jo.L., par un tour de passe-passe dont les Grands Rhétoriciens, précurseurs de La disparition, avaient le secret.

-Chut, semblait-elle me rétorquer, l’index collé à ses lèvres,…rien de presse (lapsus scriptae).

Et dans un entretien publié par l’hebdomadaire L’Appel des formes, elle laissait entendre que la narratrice imaginaire était, dans sa quête, tous les personnages manquants à la fois. Sous cet angle-là, en effet, l’entrée des personnages pouvait attendre.

Georges Perec





neuf

EN ÉCRIVANT JE NE ME DEMANDAIS PAS SI J’ÉTAIS HEUREUSE OU MALHEUREUSE.

On dirait du Proust, me dis-je, référence obligée, moi qui n’ai lu ce cher Marcel, que par la bande de ses présentateurs, commentateurs, glosateurs. On dirait les réflexions sans fin d’un narrateur énigmatique sur le théâtre d’un monde « disposant de moins de décors que d’acteurs » et, ajoutait-il, « de moins d’acteurs que de situations ». Comme un plagiat anticipé du petit maître de l’Existentialisme.

-Mais qu’est-ce que tu racontes ? me demande un peu perdue, ma sœur d’élection.

Je lui dis alors ces deux vers de Vigny que Monsieur Proust récitait, selon maître Compagnon, à une certaine Marie de Chevilly, durant un voyage en Savoie, au bercement de la voiture, dans la nuit commençante :

« Mais toi ne veux-tu pas, voyageuse indolente,

Rêver sur mon épaule en y posant ton front. »

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