DIALOGUES TYPOGRAPHIQUES





– Toi qui écris cette série de dialogues intérieurs, connais-tu « Dialogues Typographiques » ?

– Tout juste. Je viens de les relire.

–  L’auteur a imaginé dans le coin à gauche et en haut de la page…une foule immobile

qui regarde et qui se tait.

– Oui et il a situé la scène…sur les bords de la Seine.

Une nuit d’encre filant la métaphore coule sous les ponts.

– « Sous les ponts de Paris coule… la merde » chantait Béranger (François) dans une très longue

chanson prolongeant l’enragement de Mai 68 et baptisée par antiphrase « Paris Lumière ».

– Un chant tendre et pathétique qui me tire la nuit hors du sommeil. La foule qui entendait le bruit des sabots de fiacre sur les quais a disparu.

– Ai-je bien payé ma dette à tous ces flots d’hommes et de femmes se demande en bouclant sa page ce poète toujours en mouvement qui signait du nom énigmatique de Jean Tardieu.





Dialogues intérieurs IX

DE LA POÉSIE





À un moment donné, donc, je n’ai plus pu me contenter d’écrire des poèmes ;

 il a fallu que j’essaie de comprendre ces émotions et le rapport qui les liait à la poésie.

Philippe Jaccottet

La promenade sous les arbres





Poésie, née d’émotion et de confusion, pourvu que l’on essaie de la frotter à notre langage en fusion, nous mène au sommet de l’imagination humaine.

Le mot lui-même, seuls ceux qui s’adonnent à son perpétuel mouvement le savent, est intraduisible. Mais il a un passage obligé : la poésie universelle est liée à la poésie individuelle.

Sans cette liaison amoureuse, il n’y a que l’ « apoésie », l’agitation, la crainte de l’autre en soi, l’obscurité, le chaos, la prose du monde, l’abondance des paroles prisonnières des réseaux asociaux.

Ce n’est que quand les deux poésies se réunissent qu’il y a mouvement, transport, métaphore, vision claire, bien qu’éphémère, et toujours dans l’insatisfaction de l’homme agissant et souffrant.

Les trésors  d’harmonie que les poètes dans un vers unique,  tissent à partir de leur expérience, sont à ce prix. Poésie est dispersée sur toute la planète. C’est pour ça que beaucoup de poètes locaux ne la reconnaissent pas. Il faut réunir sans cesse ses brins épars.

FILER LA MÉTAPHORE





Filer la métaphore, un filon,

Une veine creusée par un poète capricieux,

Quand d’autres se complaisent à leur guignon.





Filer la laine du temps défait

Sur le dos de nos bêtes disparues

Celles qui habitaient notre maison

Séparées de la cuisine

Par une mince cloison.





Filer Chronos,

Ce temps qui a filé

Un jour après l’autre,

Ses ans, ses décennies,

Son siècle bien pesé,

Ses animaux malades d’une peste transmise

En cette année deux mille vingt

À des humains

Qui n’en peuvent mais.





Mai mai mai

Au joli mai

Aurons-nous enfin

Guéri ?





31/01/2021

FILER MES VERS




Cinq siècles après comme le bon Marot,

Me voilà moi aussi dans ce petit jardin,

Que j’ai recouvert d’arbres, de haies,

de fleurs qui sentent l’été et d’une vigne

qui monte sur la pergola,

qu’un ferronnier m’a posée.





Loin de toute fausse querelle qui sature

l’espace public, de ceux et celles, qui pour exister,

ont besoin chaque jour de chercher noise,

mais sans crainte, encore heureux, que l’on vienne,

pour mon athéisme, me persécuter.





Et cependant préoccupé comme le fut Clément,

par l’avancée irrésistible de la Censure,

avec ses alliés historiques qui se renforcent

au vent mauvais des « passions tristes » :

les chefs d’état nationalistes et sans contrôle démocratique,

les Religieux qui lisent leur texte sacré, comme si c’était vrai,

et les fanatiques qui font de leur cause

la négation de tout Universalisme.





J’oublie. Une cigale maintenant résonne,

et me somme de me remettre à filer mes vers :

C’est cette activité sur « soy-mesme », me dit Marot,

« qui fait à l’homme, heureuse vie avoir ».





20/07/2020

POÈME DU BON DÉSORDRE





Je laisse aller la plume au bon désordre

Comme un livre feuilleté au hasard

Dont on prélève de vives lueurs

Ou d’obscures métaphores





Je laisse aller selon l’imprévisible

mouvement de la main, du pinceau,

cet exercice ouvrant le pas aux rêves

dont nous sommes faits (et parfois refaits)





Je laisse aller… et je retiens

Ici où l’attention à az-zahr est première

Dé à jouer entre les lignes

D’une poésie à l’état pur





29/01/2021

je laisse aller selon l’imprévisible / mouvement de la main du pinceau

POÈME NE NAÎT PAS D’UN DON

manuscrit avec en vis à vis des signes tracés comme en hypnose




Poème ne naît pas d’un don

À Dieu je n’en fais reproche

Lui-même est le songe insensé

Sorti d’une encyclopédie

D’aveugles poètes impies





Poème naît d’effacement

De longue errance dans les livres

D’un moi pluriel qui réalise

L’alliance de Mémoire et d’Oubli

De métaphores vives et d’ironie





Ce poème s’est tissé en égrenant les lignes

De « poema de los dones »,

Une aimable fantaisie

Dont les dons, un à un,

Se magnifient et s’annihilent.





C’est Borges qui me l’a écrit.





17/01/2021