QUAND PEU À PEU ON QUITTE BIEN MALGRÉ SOI LE PARADIS DE SA BIBLIOTHÈQUE

JE LIS JE LISAIS JE NE LIS PLUS

Les vrais paradis qui existent sont ceux que lon a perdus

Marcel Proust

Je lis des livres en entier, des sagas, des sagaies plantées dans les faux souvenirs dun danseur balinais, dun chasseur de baleines à qui il manque un pied Je lis les livres dhommes remarquables terrassés par lennui de se répéter Je lis des femmes qui de leur vie vivante furent dillustres inconnues dans lombre de leur mari et que la postérité encense Je lis des livres en miroir pour tenter de voir ce quil y a sous leurs mots Je lis des livres de Zygomars qui gloussent et pouffent vouant un culte à leur zygomatiques Je lis des livres de boniments blablas baratins verbiages absent on ne sait pourquoi de tous les dictionnaires de citations (sauf le mien tenu secret dans un application de mon ordinateur) Je lis des livres sur le café dont celui du professeur Dac qui démontre bol à lappui que si on en donnait à boire aux vaches « on trairait du café au lait »

Je lisais des livres au café mais cétait avant la pandémie Je lus aussi au cinéma une unique fois pendant la projection de La chinoise prélude à Mai 68 côté Mao Je lisais nolens volens des livres de poésie mais depuis quils ont disparu du « Monde des Livres » jai jugé bon de men délivrer Je lisais aussi en public en sortant dune librairie à la plage sur un banc public (banc public) dans le métro (boulot dodo) au bar du PMU (en attendant la course du tiercé changée en quinté +) à lécole des écoliers puis de ceux qui en rendant leur tablier gris revêtent leur tenue professorale Et enfin je lisais déjà bébé sur les lèvres de ma mère lOye et les volutes de fumée de mon papa Pipu

Mais c’est fini depuis que je fais partie de la liste des disparus je n’ai plus accès au paradis de ma bibliothèque je ne lis plus

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

VIENI ORFEO VIENI

Vieni Orfeo vieni con lei
Al piccolo cimitero de campagna

Andrea Zanzotto

Viens Orphée viens avec elle
Dans le petit cimetière de campagne


Je lis me précipite et m’éparpille
Les yeux entrant dans les pages bilingues
Des langues latines

Italien portugais espagnol catalan
Et cet occitan que j’entendis enfant dans ma cuisine
Quand un ami paysan venait visiter mon père
Mais que je n’eus pas le droit de parler
Puisqu’on pensait qu’il contaminerait
La langue apprise à l’école de la République

Vieni Orfeo vieni
Vient me régaler
De ses frôlements langagiers
Glossolalies amuïssements amusements
écarts 
 nel terreno stesso del vagare
(sur le terrain même de l’errance)
Où personne n’empêche plus le bambin aux cheveux blancs
De batifoler 
Avec Orphée 

SOLILOQUANT





Soliloquant passé minuit sur ce papier où court un crayon donnant des nouvelles d’un passé qui n’existe plus.

Ce sont mes jeux d’enfant, sans sœur ni frère, dans le couloir d’azulejos, séparé d’une porte de l’étable, où l’on entend les bœufs roumier. (ruminer)

Au fond du corridor, s’ouvre la porte sur l’ort, le jardin familial qui, « à la saison », nous nourrit.

On entend sur le soir les cris des martinets et mon père piquant sa faux.           

Et pour la suite, imaginez…

Mon crayon gris, à force d’appuyer, s’est cassé…

TROIS RONDES POUR FINIR LE CAHIER BLEU

FINIR LA RONDE

FINIR LA RONDE

Quand la maclotte ne fait plus sautiller les Fla les Fla les Flamandes

Finir la ronde des nostalgies Lucrèce Virgile éclairent ma page

Prédécesseurs et précurseurs qu’en réalité je n’ai jamais bien lu

Ainsi cette marge est inutile

Mais non la page

Où dansent mes derniers signes

JE ME DÉGUISE

JE ME DÉGUISE

Sous mes graphies tracées comme en hypnose

Il y a mon père et ses labours boustrophédons allers retours

Il y a ma mère qui était fière de son Jeannot qu’elle faisait beau comme un sou

Il y a maïdine grand-mère Germaine la seule qui m’appelait « Mic »

et qui touchait ma barbe noire pour s’assurer qu’elle n’était pas fausse

Il y a la chair des humbles dont personne ne parle longtemps après

180 SIGNES POUR TOI

CETTE DERNIÈRE

Elle est à toi 180 signes c’est pas beaucoup pour ceux qui s’aiment

C’est comme la chanson d’un québécois qui s’appelait – c’est pas croyable – DOR

Et moi pauvre de moi je n’ai plus qu’à ajouter IO ou plutôt Yo

C’est le yoyo de la Manic le titre de la chanson

Si vous saviez comme on s’y ennuie Mais en la chantant on fait renaître

180 fois nos amours mortes transfigurées