POUSSIÈRES D’ÉTOILES

Nous sommes faits de poussières d’étoiles, une part infime du Cosmos, et l’on voudrait que chaque humain vantât son moi ? Moi moi…et les petits oiseaux disait ma mère l’Oye : suite de piano à quatre mains de Momo Ravel dédié à Jean et Mimi les enfants de ses amis Godebski Lui le musicien célibataire dont la descendance ne nécessita aucun acte de notaire mais des partitions dont l’exécution par musiciens et musiciennes interposés nous plongent en quelque sorte dans l’éternité, le temps du boléro, de la pavane pour une infante défunte, de Daphnis et Chloé Poussières d’étoiles nous voilà miroirs l’esprit zazen qui ne sait rien et ne repousse rien  Nous voilà pinceau fait de poils de renard, de martre ou de crin de cheval Griffe du râteau sur le sable vierge Une constellation froide d’oubli et de désuétude lance l’inventeur du Coup de dés lancés sur quelque surface vacante et supérieure Nous voyons la page blanche au papier de riz, la partition réglée ou calligrammée, la plage sous les pavés, les friches des Bouffes du Nord devenues scène d’un théâtre inventif…le heurt successif, sidéralement…poursuit ce Mallarmé homme-livre, veillant, doutant, roulant ses petits cubes de hasard, reliant pêle-mêle les rouages de l’atome aux expériences de sa vie lancée dans des circonstances éternelles…

1 Stéphane Mallarmé  Un coup de dés

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

À L’ENVERS DE LA NUIT

À l’envers de la nuit je tisse les chants d’un cygne qui si j’en crois Wikipédia drense ou drensite, siffle, trompète…(« de la renommée vous êtes bien mal embouchée »1 À l’envers de la nuit À l’endroit de mes vers qui passent courants d’air sur l’ennui qui nous nuit sur ce cygne à la mort dont aucun signe mord Cygne plus blanc que le linceul 2 dans lequel chaque nuit je me couche Cygne d’autrefois Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne (c’est du pur Mallarmé) À l’envers de la nuit À l’endroit des poèmes qui nourrissent Eros l’Amour et Thanatos la Mort frère jumeau d’Hypnos Mon chant indifférent au pathos clapotis tressaillements des Poètes maudits que Verlaine (qui les magnifia) métamorphosa en poètes absolus par l’imagination, absolus dans l’expression, absolus comme les Rey-Netos des meilleurs siècles (je laisse au lecteur l’énigme des Rey-Netos) À l’envers de ces œuvres en effet absolument modernes Le Corbière railleur Il se tua d’ardeur et mourut de paresse Son seul regret fut de n’être pas sa maîtresse Le Rimbaud voyelleur A blanc E noir I rise O range U rsule (c’est un faussaire qui recopie) Le Mallarmé (encore lui) façonneur de tombeaux Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change et la Marcelline Les femmes je le sais ne doivent pas écrire J’écris pourtant J’écris en achevant bien les chevaux de l’Apocalypse qui ravagent aujourd’hui l’Ukraine J’écris ce chant perdu pour les lecteurs éveillés qui avant de s’éclipser dans la blancheur sombre 3 d’un mythe jettent leurs derniers cris  1 Brassens 2 « linçol en occitan désigne en effet un drap 3 Hugo (bien sûr)

28 juin 2022

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

CE PEU DE MOTS

Hypocrite lecteur,
Mon semblable,
Mon frère.

Charles Baudelaire


Jamais gagné
Ce peu de mots
Grapillés dans le champ
D’un poème présent

On songe aux Anciens
la fleur de Mallarmé
absente de tout bouquet
Ou -plus réjouissant-
l’humble présent verlainien 1

Jamais gagné 
Mais toujours là
Étrangement
Occupant nos esprits et travaillant nos corps
Si j’en crois ce poète
Qui cultivait les maux…

Voilà j’y suis
Je tire mes derniers fils
Ma pièce esquissée
Posée là…

Et je file !

21 mai 2022


1 Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Paul Verlaine


voix (artificielle) qui m’accompagne

ÊTRE À PART

Je me figure par un indéracinable sans doute préjugé d’écrivain, que rien ne demeurera sans être proféré… 

Stéphane Mallarmé


Être à part
Un peu testard

Être de nuit
Tissant ses histoires
du dedans
( a dentro )

Être celui (celle)
qui à nul
ne nuit

Être pratiquant
les a parte
les sauts anachroniques
de l’étrange beauté

Être de mots et de figures
Pour conjurer sans geindre
Ses maux

Être existant
Dans la parole circulaire
La voie ouverte
À l’étranger en soi

Et aux inconnu.e.s

J’ÉCRIS opus 22





J’écris comme Jean Jacques Dorio

rencontré naguère dans un atelier

où l’écriture ravageait nos vies en poésie





J’écris travaillant l’écriture au corps

Traversé de haïkus et d’aphorismes

J’écris sur le court d’un tennis

Marqué à tout jamais par l’empreinte

du champion Bjorn Borg :

La balle est ronde

Le jeu est long





J’écris long renvoyant dans les cordes

les jeunes hommes pressés

et les jeunes filles en fleur





J’écris de ci de là

en ne pensant qu’à ça





J’écris sous les combles

Sous un vasistas

Où la lumière pleut

(et neige parfois)





J’écris en imaginant Bartok

écrivant ses partitions des Microcosmes

J’écris créant ce microclimat

propice aux pages d’écriture

faisant la navette entre micro et macrocosme





J’écris dans un camping-car Volkswagen

Qui m’a mené naguère

(avant la prise de pouvoir par les Ayatollahs)

Jusqu’à Téhéran





J’écris en oubliant d’écrire souvent

J’écris en me jouant du temps

J’écris en le laissant filer

Ou en l’arrêtant





J’écris sur une table Louis Philippe

ronde en noyer

trouvée sur le bon coin





J’écris sur du papier clairefontaine extrastrong

acheté à Bureau Vallée





J’écris sans confondre mes textes quasi bibliques

avec les bibelots abolis du bon Mallarmé

J’écris avec et contre les sonnets en X

les phrases incises et les ellipses





J’écris sans l’ombre d’un bruit

exceptée cette langue qui caquette

et qui bruit





J’écris sans réfléchir une première ligne qui déclenche le reste

J’écris anche en songeant à mon ami Rambour qui habite rue Franche

J’écris France du nom d’une bergère rencontrée en Mai 68

J’écris Bergère Ô Tour Eiffel

comme Guillaume Apollinaire





J’écris cette aubade inachevée