LES FILS TIRÉS IL FAUT LES TISSER 41, 42, 43





quarante et un

JE TIRE DES FILS, si le texte prend ça fait la page, sinon ils se défont et disparaissent aux quatre vents.

Sur la page c’est la plage que j’arpente, promeneur solitaire à la lueur de cette lune sereine jouant sur les flots.

Je tire des fils dans ma tête comme un écrivain nourri de citations littéraires.

« Nous ne faisons que nous entregloser », m’écrit un certain Montaigne.

Mais la nouveauté aujourd’hui est cet e-mail signé Wallace Stevens :

« Je suis incapable de faire une citation qui ne soit pas issue de mes propres paroles, qui que ce soit qui les a écrites ».





quarante-deux

TOMBEAU DE POÈTE drôle de genre. Mallarmé, tel qu’en lui-même l’éternité le change, lui fit la peau.

(une blague à deux balles)

Les morts ainsi loués vacillent.

Si certains, comme on dit, se retournent dans leur tombe, d’autres, à l’inverse, on dirait, reviennent nous protéger.

Je bute sur une phrase, un souvenir de jeunesse embrouillé,  jusqu’au moment où je revois un tel, une telle, tel jour, telle heure, en telle année.

Il m’avait offert le vieil homme et la mer, elle m’avait donné le premier baiser volé, dans un grenier, une soupente, où, par un fenestrou, on voyait, comme un miracle, tomber la neige.

Plus tard, beaucoup plus tard, leurs disparitions avaient été ressenties comme un drame.

Et puis, une nuit, sans crier gare, alors que nous écrivions une de ces pages obligées, à partager dans un atelier d’écriture, voilà que, contrairement au sentiment tragique de la vie, les morts, les pauvres morts, nous donnent la formule magique, qui nous facilite incroyablement, le fait d’être à bonne distance des choses de ce monde.

L’orage intérieur s’apaise, une phrase, une seule, « un bouquet de houx vert, ou de bruyère en fleurs », « refait tomber l’adrénaline de nos tragédies ».

après Hugo allant visiter la tombe de  Léopoldine,Enrique Vila-Matas m’a donné les derniers mots que j’ai traduits.





quarante-trois

CE ROMAN N’ALLAIT VRAIMENT PAS DE SOI et pourtant je le lisais ligne à ligne, sans en manquer une, et même, il m’arrivait de m’arrêter souvent sur une phrase, un passage, que je lisais et relisais, n’en croyant pas mes yeux. Mes yeux, qui à la longue, couché dans mon lit, commençaient à se fermer. Adieu mon livre, à demain les affaires !

(Pure illusion d’un faux dormeur et pur mensonge que le narrateur du temps perdu développe en de multiples pages.)

J’allume ma bougie, oublie Marcel, et, à travers mon premier rêve d’endormi, plonge dans un long dialogue avec cet auteur qui semble me parler en d’innombrables citations extraites de la littérature universelle.

On ne sait plus alors vraiment, si Père a vraiment utilisé son sauf-conduit durant la guerre civile, ou si l’anecdote sort d’une nouvelle de Ros, qui les écrit courtes et véloces.

Elle me tourna le dos et susurra une bonne nuit. Mais, n’en croyant pas mes oreilles, j’entendis, « Monet, les nymphéas, Giverny.»

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