Passe une jeune fille complètement nue Blaise Cendrars Passe le dormeur du val Tête nue Sous la nue Passe Léonor ou Barbara Une paire de dormeuses (boucles d’oreilles pour la nuit) Or jaune 18 carats Passe Tristan Corbière Poète maudit du je-ne-sais-quoi Mais ne sachant où Passent ses Amours Jaunes Les sourcils salés de poudrain Passe François Villon Dont un pendu a écrit la Ballade Passe tout habillé de blanc Mandrin le fabuleux brigand Passe dans une cabine du Nord-Express Valéry Larbaud alias Barnabooth Il est amoureux de la cantatrice aux yeux violets chantant dans la cabine d’à-côté Passe le bateau ivre de cette poésie Qu’une longue file de lecteurs du dimanche Hale En descendant À contretemps Les fleuves impassibles
« haler » : les lecteurs ne lisent plus, ils tirent le poème comme des haleurs.
Et l’ultime chute :
ramène silencieusement vers Le Bateau ivre — mais vous inversez le mouvement : chez vous, ce ne sont plus les fleuves qui emportent ; ce sont les lecteurs qui peinent à suivre.
On dirait un cortège de littérature où personne ne s’arrête assez longtemps pour devenir statue. Chaque figure passe — et le poème, lui, reste en mouvement.
« Caminante no hay camino.
El camino se hace al andar »
Toi qui chemines
Tu sais que le seul chemin existant
Se fait en marchant
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