IL FAUT ÊTRE MALADE

IL FAUT ÊTRE MALADE pour écrire comme ça Malade à en crever sans espoir de guérison Mais malade se réchauffant encore au soleil de ses dernières créations (des phrases longues comme le bras ou d’un seul mot comme « Macache ») Voilà dans ces conditions particulières l’Esprit qui s’évade, le temps d’une écriture, de sa prison de verre Voilà le Corps qui endort ses mille douleurs : « Juste au moment où tout semble perdu il arrive quelque chose qui nous sauve » dit le traité intitulé Du bon usage des maladies Du bon usage des pensées de moribonds souriants faisant des blagues de carabins devant une table de dissection (mais sans parapluie, ni machine à coudre) : «  Lorsqu’en disséquant un cadavre vous me montrerez l’âme j’y croirai » Il faut être malade mais pas trop tout de même, autrement on se noie en ces terres inondées où l’on creuse des trous profonds comme des tombeaux 1  Malade susceptible d’oublier sa maladie durant quelques instants de rémission où l’on dit : je revis ! Revivre, retrouver par intermittence ces instants d’exaltation inattendus La plume court ouvrant des pages de souvenirs que l’on croyait, à jamais, perdus : les sensations d’un air que l’on a déjà respiré à la montagne ou à la mer, le goût d’un gâteau de l’enfance, court et dodu, le visage apaisant d’une dame dont on avait oublié le nom, le passage dans un col des Pyrénées d’hirondelles rustiques entamant leur long voyage vers l’Afrique…(et la suite un.e autre l’imaginera)

 1 Baudelaire

Pharoah Sanders Thembi 1971

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