JE N’ÉTAIS PAS NÉ, mais c’était mon futur père qui s’évadait en 1942 d’une ferme allemande, où il était retenu prisonnier, pour rejoindre la ferme où il était né en Ariège Je n’étais pas né, mais c’était ce poète florentin qui à la fin du XIII° siècle commençait le livre de sa mémoire par la formule Vita nuova Je n’étais pas né mais c’était ma mère qui broyait du noir et qui n’avait pas pour supporter son spleen la brassée de poèmes des fleurs du mal Je n’étais pas né mais c’était ce promeneur solitaire s’adonnant à des rêveries traduites sur le papier en dix chapitres dont le dernier est inachevé Et puis je suis né au printemps qui allait clore l’épouvantable guerre que l’amour des miens me cacha