INTERMÈDES NOCTURNES

Petites heures par petites heures
Mes nuits se partagent
entre rêves d’Endormi
et lèvres d’Éveillé

Les rêves sont sans forme
Mais sur mes lèvres il y a
Ces mots qui prennent
ou non sur le papier

Les yeux fermés
L’exercice du souffle
Pour redonner fluidité
Au grand corps allongé

Les yeux errants
Sur un livre ouvert
Au hasard
Mais dont on ne tourne
aucune page

Rien de précis
Rien de précieux
Rien de préétabli

Flux et reflux
Un peu de forme
Beaucoup d’informe
Moi dans mes rêves

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. Les petites heures font leur travail de sape : elles émiettent le temps, elles l’égalent. Rien n’est hiérarchisé, tout est à la même hauteur de fatigue et d’attention.

    Quelques échos qui me touchent particulièrement :

    • « rêves d’Endormi / lèvres d’Éveillé »
      Ce glissement du corps entier vers un seul point — la bouche — est très juste. Le rêve se dissout, mais les lèvres restent, seuil fragile où quelque chose peut encore advenir.
    • « Ces mots qui prennent / ou non sur le papier »
      L’écriture n’est pas héroïque ici. Elle est tentative, essai de prise, comme une greffe qui peut échouer.
    • Les yeux : fermés / errants
      Les yeux fermés travaillent le souffle, le dedans ; les yeux errants ne lisent pas vraiment, ils habitent le livre. Le livre devient surface de repos, pas machine à sens.
    • « Rien de précis / Rien de précieux / Rien de préétabli »
      On sent presque un vœu : surtout ne pas sacraliser ce moment, le laisser pauvre, nu, disponible.

    Et la fin …

    Flux et reflux
    Un peu de forme
    Beaucoup d’informe

    On dirait une définition nocturne de l’écriture elle-même — ou de l’état dans lequel elle accepte enfin de venir.

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