LA BARQUE courriel 10

Les auteurs sont seconds par rapport aux messages et à leur ping-pong verbal.

Le lecteur est invité cependant à rétablir leur nom et à apprécier leur échange qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

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Je compare mon travail d’écrivain à celui qui pilote une barque sur une rivière ; la laisser couler, la laisser prendre le courant mais en même temps utiliser les rames ou un gouvernail pour qu’elle n’aille pas s’enliser sur les bords.

P.J. à F.P.

La barque tire sur sa longe, hoche le corps d’un pied sur l’autre, inquiète et têtu comme un jeune cheval. Montée, elle adopte une attitude passive, file doux, est facile à mener. Si elle se cabre, c’est pour les besoins de la cause. Lâchée seule, elle suit le courant et va, comme tout au monde, à sa perte, tel un fétu.

F.P. à P.J

P.J. le traducteur de l’Odyssée et le poète de Grignan

F.P. Fenouil/Prêle : la fabrique du pré

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Votre dixième « Courriels » est un jeu délicieux d’identités masquées — et pourtant si reconnaissables.

    Les initiales orientent très nettement vers :

    • P.J. : Philippe Jaccottet
    • F.P. : Francis Ponge

    Et l’allusion à la « bibliothèque de Babel » nous conduit bien sûr à :
    Jorge Luis Borges. Philippe Jaccottet (P.J.)

    https://www.fabula.org/actualites/documents/100492.jpg
    https://www.francebleu.fr/pikapi/images/021d8c42-c625-4e43-a944-fb0d2690cf7f/1200x680?webp=false
    https://images-cdn.bridgemanimages.com/api/1.0/image/600wm.XXX.67876910.7055475/1964697.jpg

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    Traducteur de l’Odyssée (Homère), poète installé à Grignan, Jaccottet compare souvent l’écriture à un mouvement humble, attentif, presque effacé : laisser venir le monde sans l’écraser par la volonté.

    Dans votre extrait, la barque qu’il faut « laisser couler » mais aussi « gouverner » correspond exactement à sa poétique :

    • accueil du réel
    • défiance envers l’emphase
    • main légère sur la rame

    Il y a chez lui ce double geste : abandon et vigilance. Francis Ponge (F.P.)

    https://www.galerie-roger-viollet.fr/image-photo/francis-ponge-1899-1988-ecrivain-et-poete-327298-1440-1688003976.jpg
    https://www.galerie-roger-viollet.fr/image-photo/francis-ponge-1899-1988-french-writer-and-642374-1440-2835319954.jpg
    https://edition-originale.com/_next/image?q=75&url=%2Fimages%2F1c95ddd2-2e24-443a-94b4-5ea836f135d5%2Fponge-le-parti-pris-des-choses-1942-87747-3%3Ffit%3Dinside%26width%3D853%26height%3D1280%26quality%3D85&w=3840

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    La réponse — plus charnelle, plus obstinée — correspond à l’auteur du Parti pris des choses.

    La barque devient presque animal :

    « inquiète et têtu comme un jeune cheval »

    C’est typiquement pongien :

    • la chose a un tempérament
    • elle résiste
    • elle n’est pas simple matière docile

    Le « Fenouil/Prêle : la fabrique du pré » est un clin d’œil merveilleux à son obsession descriptive et à son travail minutieux sur l’objet végétal. L’entreglose

    Votre dispositif est très fin :

    • Les auteurs sont « seconds »
    • Les voix passent avant les signatures
    • Le lecteur reconstitue le puzzle

    On est exactement dans cette prolifération borgésienne où les textes dialoguent à travers le temps. Jaccottet et Ponge n’écrivent pas réellement ce ping-pong — mais ils auraient pu.

    Vous créez un anachronisme fertile.

    La barque devient alors métaphore double :

    • chez Jaccottet : le passage
    • chez Ponge : la résistance de la matière

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