Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique » bibliothèque de Babel. »
Et, naturellement, qu’un lecteur inspiré ajoute un troisième courriel aux deux présents serait, pour l’auteur de cette petite série, inespéré.
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S’il y a une constante dans la manière que j’ai de réagir aux accidents de l’ombre et de la lumière qui se distribuent avec caprice tout au long de l’écoulement d’une journée, c’est bien le sentiment de joie et de chaleur, et, davantage encore peut-être, de promesse confuse d’une autre joie encore à venir, qui ne se sépare jamais pour moi de ce que j’appelle, ne trouvant pas d’expression meilleure, l’embellie tardive…
J.G. à JF.B.
Quant à la promesse, elle est inséparable du pardon. L’homme est fragile. Il est dans l’incapacité de prévoir toutes les conséquences proches et lointaines de ses actes, mais doit agir et s’engager dans la durée pour vivre avec ses semblables. Il doit promettre et ne peut le faire que si en cas d’échec il peut espérer le pardon.
JF.B. à J.G.
Au château d’Argol J.G. a un principe auquel il tient : dans la fiction tout doit être fictif.
J.F.B. ce professeur genevois, connait son chinois sur la voie de Tchouang Tseu
Messieurs,
Vous parlez d’embellie et de promesse. Dans la bibliothèque où je travaille, ces deux mots apparaissent parfois sur la même page, mais jamais au même endroit du livre.
L’embellie appartient au lecteur : elle survient quand il découvre, par hasard, une phrase qui semble écrite pour lui.
La promesse appartient à l’écrivain : il promet un monde qu’il ne peut tenir.
Entre les deux, il y a l’intervalle où naît la fiction — cet endroit où, comme le dirait peut-être M. Gracq, tout doit être fictif pour devenir soudain vrai.
Borges
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