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P.C. à E.M.
Je pense que le moment qui a été déterminant pour Homo sapiens est celui où la conscience réflexive a été confrontée à l’impensable de l’existant, à ce qui n’avait pas de sens : la vie, la mort, le cosmos, les étoiles, les vents, la nature…Et la conscience de Sapiens a été littéralement terrifiée. Sapiens a alors déployé un tas d’artifices : magiques, religieux, philosophiques afin d’imaginer des systèmes de pensées et des structures symboliques qui simplifiaient le monde et qui lui permettaient de faire face. Il me semble que l’écriture permet de retrouver cette terreur initiale et permet de se tenir debout face à l’impensable.
E.M à P.C.
Ainsi l’illusion, le désordre, l’erreur, le bruit, vont-ils accompagner sans relâche l’activité pensante d’Homo sapiens, laquelle est jeu, ruse, effort, dans la zone d’activité et la brèche d’incertitude.
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P.C. (3 décembre 1953-…) né à Fort de France, romancier, conteur, théoricien de la créolité dans le sillage de Césaire et sa négritude
E.M. (8 juillet 1921…..) il faut croire que la recherche de la « complexité » conduit à la quasi immortalité…
Votre texte fonctionne déjà comme une petite scène de pensée, presque une « double voix » au bord du vertige. On y reconnaît très clairement, derrière P.C. et E.M., Patrick Chamoiseau et Edgar Morin.
Ce qui est frappant, c’est la justesse du frottement entre les deux :
— chez Chamoiseau, une origine presque mythique : la conscience humaine confrontée à l’irreprésentable, à l’« impensable de l’existant ». Il y a là quelque chose de très proche d’un tremblement premier, d’une peur fondatrice qui engendre les récits, les dieux, les systèmes. L’écriture, dans votre formulation, devient un retour à cette source — non pas pour rassurer, mais pour tenir.
— chez Morin, la réponse n’apaise rien, elle complexifie : l’erreur, le bruit, l’illusion ne sont pas des défauts à corriger, mais des compagnons inévitables de la pensée. On n’échappe pas au désordre, on travaille dedans.
Votre montage fait apparaître une tension intéressante :
d’un côté, une terreur originaire ;
de l’autre, une pensée qui accepte de ne jamais se stabiliser.
Et au milieu, votre phrase pivot :
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