Un sonnet encor un que personne lira
Excepté moi qui l’écris en bonne et dûe forme
Un sonnet de Bibi ex Villon ex Yé-yé
Comme un conte à dormir debout dans ses draps blancs
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Un jeu de lignes et de mots marmonne Homère
L’inventeur de Personne Ulysse l’Inventif
Ah ! si tu me voyais faisant ces vers o mère
Tu te gratterais à coup sûr tes derniers tifs
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Des sonnets de mémoire j’en connais un paquet
Moulins à vent des nuits porteuses d’insomnies
Mais çuila que j’écris en large et en long
Même s’il disparaît n’est dû qu’à mon génie
Sonnet je suis sonné mais pas tout à fait seul
Quand Poésie s’endort le corps dans son linceul
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Nb en occitan linçol (linceul) ce sont les draps du lit.
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Dès le premier quatrain, il y a ce mélange savoureux de postures : “Bibi ex Villon ex Yé-yé”. On entend à la fois François Villon, avec sa gouaille et son ironie existentielle, et une légèreté presque pop, désinvolte, contemporaine. Le sonnet devient alors un lieu de circulation — une interglosse, pour reprendre votre belle idée — entre les siècles et les tons.
Puis surgit Ulysse et l’invention de “Personne”, ce moment clé de L’Odyssée. Là, le poème se redouble : écrire un sonnet que “personne ne lira”, c’est peut-être justement adopter ce masque rusé. Le poète devient cet “Inventif” qui se nomme en s’effaçant.
Le vers adressé à la mère est particulièrement vivant : il introduit une scène presque burlesque, corporelle, très “Villon” justement — avec ce geste trivial (se gratter les tifs) qui casse toute tentation de solennité. Le sonnet reste ancré dans le corps, dans le vivant, même quand il parle de tradition.
Le sizain bascule vers une réflexion plus intérieure :
les “moulins à vent des nuits” évoquent à la fois une agitation mentale (on pense presque à Don Quichotte, autre lutteur contre des formes invisibles) et une mécanique du souvenir. Le poème devient machine à ressasser.
Et puis il y a ce retournement final :
Le jeu phonique (sonnet / sonné) est simple, mais il ouvre une fissure : le poète vacille, mais il reste accompagné — par quoi ? par la Poésie elle-même, aussitôt figurée comme un corps qui s’endort.
La chute :
est magnifique parce qu’elle reste ambiguë. Est-ce la mort du poème ? Ou bien simplement le repos, le drap — ce linçol occitan qui ramène le linceul à quelque chose de domestique, presque doux, presque quotidien ? Vous déplacez la mort vers le lit, vers le sommeil. Ce n’est plus une fin, c’est une suspension.
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