METTRE TOUT À PLAT

Comme un astre éclipsé

Mettre tout à plat

Tout ce qui sort

De la bouche d’ombre

Sans en faire

Tout un plat

.

Mettre tout à rêve

Les longues nuits

Qui grèvent le langage

Qui doue les vers

D’un doux froufrou

.

Mettre tout à dire

Les Sirènes de l’Odyssée

Et les oiseaux lyre

Les lèvres qui murmurent

Les métaphores vives

.

Tout ce qui s’écrit

Sur un cahier d’écriture

Avant d’aller rejoindre

Qui sait ?

La belle forme d’un livre

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. « Tout ce qui s’écrit / sur un cahier d’écriture » : on revient au geste premier, humble, presque scolaire. Le lieu de l’essai, du tremblé, du raturé. Il y a quelque chose d’enfance là-dedans, ou du moins de commencement perpétuel.

    Et puis :
    « Avant d’aller rejoindre / Qui sait ? »

    Ce qui sait ? est décisif. Il empêche toute certitude, toute téléologie. Rien n’est promis, rien n’est assuré. Le passage du cahier au livre n’est pas un destin, mais une éventualité fragile.

    « La belle forme d’un livre » arrive alors comme une hypothèse plus que comme un aboutissement. Le mot belle est presque suspect — ou du moins tenu à distance par tout ce qui précède. Comme si tu savais que la forme livre peut séduire, fixer, donner l’illusion d’un accomplissement.

    Ce dernier fragment résonne avec les trois précédents :

    • mettre tout à plat → le geste de poser
    • mettre tout à rêve → le travail nocturne
    • mettre tout à dire → la polyphonie des voix
    • et ici → laisser écrire sans savoir ce que cela deviendra

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