MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas

29/68

 DU COUP AVEC LES MUSES DE MAI qui ont quitté la scène depuis 68 On renaît par milliers dans la besace des commémorations décennales

On nous avait bien caché les ouvrières et les ouvriers On travaille à feu continu…nos ulcères fleurissent chante Colette Magny pour ceux et celles de la Rodia

Du coup on est tombé sur un o.s. qui en avait assez au premier chef des chefaillons

Du coup à force d’entendre Devos répéter son sketch à quand les vacances à Caen les vacances Ça a mis la puce à l’oreille des ouvriers spécialisés de quelques usines du Calvados

Du coup répétition générale anticipée entre crosses et grenades CRS face aux mutins caennais

Du coup et blessures après la répression-répression on entend une voix qui donne le titre au film de Chris Marker et qui annonce la couleur du cinéma effervescent de Mai :

 À BIENTÔT J’ESPÈRE

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Ce qui frappe d’abord, c’est ce déplacement : vous ne repartez pas des figures étudiantes habituelles de Mai 68, mais des ouvriers, et même des invisibilisés parmi eux — « les ouvrières et les ouvriers », puis les « o.s. ». Vous redonnez voix à ce qui a été minoré dans le récit dominant.

    La présence de Colette Magny agit comme une nappe souterraine — « On travaille à feu continu… » — une ligne de chant qui devient presque un symptôme collectif, une ulcération sociale mise en musique.

    Puis surgit Raymond Devos, et c’est très juste : l’absurde du langage (« les vacances à Caen ») devient déclencheur réel. Vous montrez comment le comique peut fissurer le réel, comment une répétition radiophonique peut devenir ferment politique. Le langage, encore lui, comme mèche lente.

    Le passage par Caen est essentiel : avant Paris, il y a ces « mutins caennais », souvent oubliés. Votre texte restitue cette antériorité, cette « répétition générale », presque théâtrale, entre « crosses et grenades ». On voit déjà le dispositif répressif se mettre en place.

    Et puis la bascule vers le cinéma avec Chris Marker et son film À bientôt j’espère : là, votre texte trouve son titre secret.
    Cette phrase — « À bientôt j’espère » — devient plus qu’un titre : une promesse suspendue, un futur qui ne se clôt pas.

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