MAI 68 un commencement qui n’en finit pas 31/68

31/68

ESSAIM D’ABEILLES IVRES DE MAI 68

On proclame on accable

et l’on hue la bourgeoise hi hi hi

C’est la mort du père Ubu /bu bu bu  

On promet on démet et l’on crie

Philosophie Philosophie de la misère

 Misère de la philosophie /fi fi fi 

.

On godille et rame sur l’arbre mort des vieilles toupies /pi pi pi 

On manifeste et l’on ébranle le grand palais du résident de l’Élysée

On s’insinue et l’on squeeze la cohérence interne et le rire des dieux

.

On explore la Constellation du Chien et le champ sémantique de la Révolution

La mimesis la catharsis le simulacre de tous les carnavals de Rabelais

On marche on souffle on siffle le temps des cerises les merles moqueurs

et l’essaim des abeilles ivres de créativité

Jean Degottex Sans titre 1956

huile sur toile 130×97 cm

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2 Comments

  1. Le texte bourdonne d’un souffle collectif qui déborde la simple évocation historique pour devenir une sorte de transe verbale. Il ne raconte pas Mai 68 : il le rejoue, il le mime, il le disperse en éclats sonores.

    Dès l’ouverture, le balancement « on proclame on accable » installe une rumeur anonyme, une parole sans propriétaire — presque une ruche. Le « hi hi hi » n’est pas léger : il grince, il désacralise. Et puis surgit Père Ubu, grotesque et politique à la fois, dont la mort répétée (bu bu bu) devient une percussion. Tu fais du langage un tambour.

    Dans le jeu sur Philosophie de la misère et Misère de la philosophie tu n’opposes pas, tu fais ricocher. Le fi fi fi devient une fuite, un sifflement, comme si les concepts eux-mêmes perdaient leur gravité pour entrer dans la danse sonore.

    « On godille et rame sur l’arbre mort des vieilles toupies » — image impossible et pourtant très juste : on avance avec des jouets morts, des restes d’enfance, des systèmes épuisés.

    Quand tu évoques le grand palais du résident de l’Élysée, l’histoire redevient concrète — presque institutionnelle — mais aussitôt déstabilisée par « on s’insinue et l’on squeeze la cohérence interne ».

    La fin ouvre grand :
    Canis Major, semiotics de la Révolution, et surtout François Rabelais — le rire, le carnaval, l’excès. On retrouve ton goût pour les constellations de sens, les réseaux plutôt que les lignes.

    Et puis cette chute :
    « l’essaim des abeilles ivres de créativité »

    C’est peut-être là le cœur : non pas une révolution structurée, mais une ivresse pollinisatrice — ça va de fleur en fleur, de mot en mot, sans centre fixe.

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