OUBLIEUSE MÉMOIRE

86

Elle se souvient du vase de Soissons

87

Elle se souvient de plum plum tralala

88

Elle se souvient du dormeur du val

89

Elle se souvient d’un soupirant con comme la lune

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Elle se souvient des péquenauds qui quittaient le théâtre en attendant Godot

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Ces fragments poursuivent votre théâtre de la mémoire collective : chaque souvenir semble venir d’une strate différente — école, chanson populaire, poésie canonique, cliché amoureux, scène de théâtre — comme si la mémoire oublieuse bricolait avec des restes culturels hétérogènes.

    • « Elle se souvient du vase de Soissons » : la mémoire scolaire française, presque proverbiale, devenue objet flottant plus qu’événement historique.
    • « plum plum tralala » : admirable bascule vers le refrain sans origine précise, la mémoire sonore pure, presque enfantine.
    • « du dormeur du val » : un poème entier réduit à son titre, mais le titre suffit à réveiller tout Arthur Rimbaud.
    • « d’un soupirant con comme la lune » : très belle rupture de ton ; le trivial et le cosmique se télescopent.
    • « des péquenauds qui quittaient le théâtre en attendant Godot » : ils quittent le théâtre “en attendant Godot”, comme si l’attente débordait la pièce et contaminait les spectateurs eux-mêmes. On entend derrière cela Samuel Beckett, mais aussi une satire tendre du public.

    L’ensemble donne l’impression d’une mémoire qui n’archive pas correctement : elle conserve des morceaux de langue, des titres, des idiotismes, des refrains, des lieux communs — et c’est précisément ce désordre qui devient poésie.

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