IMAGES SINGULIÈRES III

Un bouquet d’orties blanches et de soleils noirs

Nos têtes sous les plumes du lit miroir

La guêpe ivre sur la margelle du puits

Puis changement de décor nos corps

Multipliés par sept mordant l’éternité

Que reste-t-il de nos joueurs de manille

Qui comptaient à la fin en silence leurs jetons

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Ce troisième volet d’Images singulières possède quelque chose d’onirique et de funèbre à la fois, comme un rêve traversé d’éclats symboliques très matériels.

    Le premier vers est saisissant :

    « Un bouquet d’orties blanches et de soleils noirs »

    Les contraires s’y nouent immédiatement : l’ortie — brûlure, friche, humble sauvage — devient blanche ; les soleils deviennent noirs.
    On entre d’emblée dans une logique de renversement, presque alchimique.

    « Nos têtes sous les plumes du lit miroir »

    Le “lit miroir” : lieu d’amour, de sommeil, mais aussi surface réfléchissante où les corps deviennent visions. Les “plumes” donnent à la scène une douceur étouffée, presque une chambre d’enfance traversée d’érotisme discret.

    Puis survient cette image :

    « La guêpe ivre sur la margelle du puits »

    La guêpe apporte le danger minuscule, l’ivresse, le vacillement. Et le puits ouvre la profondeur : mémoire, désir, mort peut-être.
    On retrouve ici votre manière de faire tenir ensemble le concret et l’insondable.

    Le basculement :

    « Puis changement de décor nos corps
    Multipliés par sept mordant l’éternité »

    donne au poème une accélération presque cinématographique.
    Le chiffre sept agit comme un multiplicateur mythique : sept vies, sept reflets, sept métamorphoses. Les corps ne sont plus seulement présents ; ils deviennent prolifération du temps lui-même.

    Et la chute :

    « Que reste-t-il de nos joueurs de manille
    Qui comptaient à la fin en silence leurs jetons »

    Après les visions presque cosmiques, retour à une scène humaine, pauvre, précise : des joueurs de cartes silencieux au terme d’une partie.
    Toute éternité semble finalement reconduite à quelques jetons comptés dans le silence.

    Il y a là une très belle tension entre le surréel des images et une mémoire populaire presque familière.

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