DISPARITIONS XVII

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords,

sont de mon cru.

Disparition XVII

Philippe J.

114/120

115

MÉMOIRE OUBLI C’EST UN PEU COMME

Comme le tableau noir d’une école communale accueille le grand art enfantin à coups de craies plus blanches qu’un fond de Constellations de Joan Miró

Comme si la nuit on ne touchait plus terre

Comme si la nuit on y voyait les yeux fermés

Comme si la nuit on se noyait dans l’écume des jours

Comme si la nuit l’arbre de la Paix remuait encore

Comme neige les mots fondent sur la page vierge

Comme des haïkus langoureux

Un chœur de petites voix

« como di neve in alpe sanza vento » Dante

Comme neige sur l’Alpe un jour sans vent

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. L’ouverture invoque le tableau noir :

    le tableau noir d’une école communale accueille le grand art enfantin

    Le rapprochement entre l’école communale et Joan Miró fonctionne :
    Les craies deviennent poussières d’étoiles, et le tableau noir un cosmos tactile.

    Le vers garde quelque chose de l’enfance sans nostalgie décorative.

    La série :

    • Comme si la nuit on ne touchait plus terre
    • Comme si la nuit on y voyait les yeux fermés
    • Comme si la nuit on se noyait dans l’écume des jours

    installe une lente désorientation du réel.

    L’expression « l’écume des jours » appelle évidemment L’Écume des jours, mais chez vous elle redevient presque littérale : une mousse nocturne où la conscience flotte.

    Puis vient ce glissement :

    Comme neige les mots fondent sur la page vierge

    La neige n’efface pas : elle fond.
    Les mots apparaissent déjà en train de disparaître.

    L’insertion du vers de Dante Alighieri :

    « como di neve in alpe sanza vento »

    agit comme une mémoire ancienne remontée intacte au milieu du poème.
    Et votre reprise française :

    Comme neige sur l’Alpe un jour sans vent

    donne l’impression que la traduction elle-même est une forme d’écho enneigé, plus lent, plus silencieux.

    J’aime

Laisser un commentaire