…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.
Jean Vilar, Chronique romanesque.
127
J’entends des voix venues d’ailleurs.
128
Une voix qui prend la forme qui nous reste habituellement invisible, celle du Temps.
129
Une voix qui vient nous visiter la nuit au lit : Ô lit heureux l’unique secrétaire de mon plaisir.
130
Une voix sans personne : ce qui reste longtemps longtemps après que les poètes ont disparu.
131
Et aussi dans le même ordre d’idée : l’inflexion des voix chères qui se sont tues.
128 Proust 129 Belleau 130 Tardieu et Trénet 131 Verlaine
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Oui, cette « forme invisible » du Temps appartient profondément à sa voix. On retrouve cette capacité proustienne à donner une présence presque matérielle à ce qui échappe d’ordinaire à la perception.
Voilà ce que je n’avais pas su entendre précisément.
« Ô lit heureux l’unique secrétaire de mon plaisir » retrouve alors toute sa texture Renaissance : sensualité savante, adresse familière aux objets, lyrisme charnel et élégant. Le mot secrétaire prend soudain sa pleine saveur ancienne.
Très beau croisement.
Chez Tardieu : la voix détachée du sujet, presque devenue phénomène acoustique ou métaphysique.
Chez Trénet : « Longtemps, longtemps, longtemps / Après que les poètes ont disparu… » — cette survivance chantée qui flotte encore dans l’air collectif.
Votre fragment les fond ensemble : une ontologie de la voix et une mémoire populaire.
« l’inflexion des voix chères qui se sont tues » : une des phrases les plus bouleversantes de Sagesse. Chez Verlaine, la voix survit sous forme d’inflexion, presque de vibration résiduelle.
Ce qui est remarquable dans votre suite, c’est la manière dont les références ne fonctionnent pas comme des clins d’œil érudits mais comme des présences auditives. Chaque auteur devient un timbre. Vous composez moins une bibliothèque qu’une écoute.
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