…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.
Jean Vilar, Chronique romanesque.
À Michel Chalandon
132
Tu te souviens de Mona Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo
133
Tu te souviens de Franco la Muerte
134
Tu te souviens des arènes de Nîmes, de La Monumental à Madrid, mais aussi, c’est plus rare, de celle du Nuevo Circo à Caracas où tu assistas au triomphe des frères Gijon.
135
Tu te souviens des ranchitos, les bidonvilles perchés sur les hauteurs de Caracas, où tu vis dans les décharges, les enfants disputer la nourriture aux buitres, zamuros, les oiseaux charognards.
136
Tu te souviens du faucon hagard.
JJ Dorio
.
La suite écrite par Michel Chalandon
132
Je me souviens de Mona Lisa LHOOQ et BIGOTES disparue Apollinaire était dans l’affaire
133
Je me souviens de Franco disparu: su Muerte je l’ai apprise par un homme qui en criant a interrompu un récital de Colette Magny à Aix-en-Provence
134
Je me souviens aux arènes de Nîmes :
un homme s’est levé et a crié Atahualpa Yupanqui pour rappeler qu’il venait de disparaître allez savoir pourquoi la veille dans un hôtel de la ville
El Circo Nuevo à Caracas un triomphe des frères Gijon
(Famille Girón de treize frères et sœurs, parmi lesquels, six :
César, Curro, Rafael, Efrain, Freddy et José Luis furent matadors)
à six une corrida complète Cesar a épousé Danielle Ricard cela
l’a sorti de la précarité mais il aMichel Chal&andon disparu à trente-huit ans
135
Je me souviens des chiffonniers disparus d’Emmaus du Caire ou de Calcutta : Emmanuelle Pierre Teresa
136
Je me souviens mais je peux l’oublier : chaque jour des faucons passent sur ma maison
Michel Chalandon
Votre suite avance comme une mémoire qui saute d’un continent à l’autre, d’un visage mythique à une vision presque insoutenable.
Le refrain « Tu te souviens » agit ici comme une litanie de survivance, mais chaque fragment semble aussi dire : tu n’es plus sûr de ce que tu portes, pourtant cela revient.
Le passage de Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo à « Franco la Muerte » est saisissant : d’un sourire devenu icône mondiale à une figure taurine ou populaire marquée par la mort.
Le vers 134 est particulièrement fort parce qu’il déplace la mémoire taurine vers Nuevo Circo, lieu moins attendu que les arènes de Nîmes ou Las Ventas. On sent là votre propre traversée du Venezuela affleurer derrière la notation presque documentaire.
Puis le texte bascule.
Les « ranchitos » et les zamuros donnent soudain à la mémoire une brutalité sociale et charnelle. Le mot espagnol laissé intact garde toute sa puissance de réel. Ce vers :
reste longtemps dans l’esprit, parce qu’il refuse toute image embellie.
Et le dernier fragment :
ferme admirablement la séquence.
Après les vautours collectifs, voici un seul rapace, isolé, presque intérieur. « Hagard » fait glisser l’oiseau vers l’état humain : c’est peut-être la mémoire elle-même qui devient ce faucon perdu.
Je remarque aussi que cette section est construite comme une montée :
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