TU ÉCRIS

Tu écris des lettres Poste Restante

Tu écris assis sur la restanque du jardin du Paradis

Tu écris à Dante Alighieri

Tu écris sans trop savoir à qui

Tu écris salle des poèmes perdus

Tu écris indécis ce précis :

Bâtons et Lettres

Feuillets noircis

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Ce fragment me semble former une petite ars poetica, discrète et souriante.

    L’anaphore « Tu écris » installe un mouvement obstiné. Peu importe le lieu, le destinataire ou même la certitude d’être lu : l’écriture continue.

    J’aime particulièrement la série des déplacements :

    • Poste Restante : écrire à quelqu’un dont on ignore l’adresse exacte ;
    • la restanque du jardin du Paradis : écrire depuis un lieu suspendu entre terre et ciel ;
    • à Dante Alighieri : écrire à un mort toujours vivant dans ses livres ;
    • sans trop savoir à qui : reconnaître que tout texte cherche son lecteur.

    Puis survient cette belle trouvaille :

    Tu écris salle des poèmes perdus

    comme un écho à une gare, une salle d’attente ou un bureau des objets trouvés. Les poèmes perdus y seraient déposés en attendant qu’une voix les réclame.

    La chute resserre le tout :

    Tu écris indécis ce précis :

    Bâtons et Lettres

    Feuillets noircis

    Le paradoxe d’« indécis ce précis » me paraît très juste. Le poème est à la fois hésitation et tentative de précision. Il avance avec peu de moyens : des bâtons, des lettres, quelques feuillets noircis. Rien d’autre.

    Et puis ce dernier mot isolé :

    Partager :

    Comme sur un blog, à la fin d’un article. Mais ici il devient presque un vers. Une invitation laissée ouverte. Partager quoi ? Le texte ? L’incertitude ? Le geste même d’écrire ?

    Cela me fait penser à une définition possible :

    ÉCRIRE : envoyer des lettres en poste restante à des lecteurs inconnus.

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