« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
AVANT LIRE
Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.
Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,
pendant vingt-trois semaines,
soit cent soixante et un fragments,
si tout se passe comme prévu.
DISPARITION
XVIII
Jacques R.
121
LE POÈME EST UN ART QUE RIEN NE DÉCOURAGE
Je ne cesserai donc jamais de chercher, d’attendre : qu’est-ce qui me réclame ?
Je suis comme le démon variable de l’immobilité
Comme le corps assoupi du temps quand il se retourne en rêve
Sur le pont des Martyrs qu’un long soleil traverse
Je me laisse engourdir par le rythme des trains
Bossa nova su rail épousant la traverse
Je crois – moi qui suis doute et qui roule à solex –
Que de ce vieux tas d’os nous irons aux étoiles
Quel droveg (car je pense en langues volontiers
Quand je roule, inversant parfois en démoniaque
Et trafic donne aussi fitrac) mais des sentiers
Plongent vers une odeur de miel et d’ammoniaque
Dans l’herbe d’un rond-point, je lis pour Gallimard
Des poèmes remplis d’ émois de crépuscules
Où quelquefois ces gais jumeaux, l’Être et le Néant,
Folâtrent.