JE SUIS NÉ PARTOUT OÙ J’AI COMPOSÉ DES POÈMES

JE SUIS NÉ PARTOUT OÙ J’AI COMPOSÉ DES POÈMES

Poète est le travail de toute une vie.
On s’y attelle avec le rythme, les cadences,
les histoires réglées sur du papier musique
ou qui tombent à l’eau par incapacité.

Les poèmes apparaissent sur la scène d’un théâtre,
sur un bout de papier vite envolé,
et quand ils sont lus par un plus grand nombre,
ou c’est naturellement,
ou bien c’est dans le conflit des interprétations.

Les poèmes font les poètes,
comme l’ouvrage, l’ouvrier.

Ils s’écrivent sous l’empire de la colère,
de l’alcool, de la poudre d’escampette.
Ils s’écrivent à jeun, dans la blancheur des nuits,
les musiques douces, les sirènes de New York,

dans le flux et le reflux des mers, des fêtes et des deuils.

Ce poème qui n’en est pas un,
fut initié ce jour premier juin,
à midi, dans mon hamac…
mais pour tout dire,
car je ne manque pas de mots,
c'est aussi comme toujours,
un poème composé
dans le village de La Bastide de Besplas,
en Ariège,
où je suis né,
un 24 mars 1945,
à la faculté des Lettres de Toulouse,
que j'ai brièvement fréquentée
à l’école normale d’Auch,
années de formation,
à Arreau,
premier poste de P.E.G.C.

et dans les villages des environs
où année après année, je créchais :
à Cazaux Débat un village perché sur la Neste du Louron,

au moulin de Jézeau, à Ancizan-Babel,
c’était le nom du collectif de poètes qui se réunissaient
autour des gigots d’agneau qui cuisaient à la ficelle
devant la haute cheminée de briques rouges,


Et aussi j'en écrivis ou j'en conçus
durant mes années de coopération
dans la tour Olimpo à Caracas,
et assis sur une tortue morocoy
devant une case collective d’indiens panaré,

dans un hôtel de la Havane
et à Jibacoa, une petite crique cubaine,

Puis revenu en France mère des arts, des armes et des lois,
à La Bugade d’Avignon pendant les ateliers d’écriture
que nous inventions l’été 1980,
avec le Groupe Français d’Education Nouvelle,
à New York, en 1976 dans les clubs de jazz du Village,
puis en 2008, chez ma fille à Astoria,
à Barcelone sur les Ramblas et dans le restaurant des Caracoles,
en Andalousie, à Cuevas de Almanzora, à Pallos, à Moguer,
au Prado de Madrid,

dans les musées de Washington,
au Moma devant un tableau de Joë Bousquet peint par Dubuffet
Traduit du Silence,


Au Met, chez Guggenheim,
devant le Parthénon un matin où j’avais couru
pour rester royalement 5 minutes
entouré des seuls chats squattant le temple,

à Berlin pendant 2 concerts à la Philharmonie,
à Paris rue de Suez et dans tous les bistrots du Marais
ou du Quartier latin.


Et j’en oublie, j’en oublie, j’en oublie.

Et maintenant, je ne bouge plus.
Tous mes poèmes proviennent d’un même lieu
qu’il me faut sans cesse transfigurer,
imaginer ailleurs,
si je ne veux les laisser un à un,
mourir et m’enterrer.


Martigues 1 juin 2020
Revisité ce 1 juin 2026
Dorio 1 juin 2026

Encre de chine sur toile 75 x 55 cm

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