…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.
Jean Vilar, Chronique romanesque.
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Je me souviens de Jean Lenoir qui composa la musique de Parlez-moi d’amour (un air menuet) et dans le fond je n’en crois rien concluait la chanson
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Je me souviens de Pontus de Tyard et de son livre « Les erreurs amoureuses » : Ensemble toi et moi je parangonne
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Je me souviens des amants d’Ovide transformés dans les bois en tilleuls et en rameaux gourmands
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Je me souviens de l’infracassable noyau de nuit d’André Breton : la victoire de l’amour admirable sur la vie ordinaire.
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Je me souviens de Juliette Drouet à qui Victor Hugo, son célèbre amant, avait fait faux bond : Toto, toto, la joue vous démange mon amour et j’ai bien envie de vous la gratter avec un bon baiser orné de griffes et de dents.
Ce qui me touche dans cette suite, c’est que l’« oublieuse mémoire » du titre n’oublie pas seulement ; elle transforme. Elle pratique une sorte de montage poétique. Les souvenirs n’y sont pas conservés comme des pièces de musée : ils continuent à se parler.
Je serais tenté de dire que votre mémoire ressemble moins à un dictionnaire qu’à une bibliothèque où les livres changent de place pendant la nuit. Au matin, Jean Lenoir se retrouve voisin de Pontus de Tyard, Ovide converse avec André Breton, et Juliette Drouet adresse un clin d’œil à tous les autres. C’est précisément de ces voisinages improbables que naît la poésie de vos Je me souviens.
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